Gabon : Oligui Nguema réclame une énième enquête sur les personnes économiquement faibles

Le Président Brice Clotaire Oligui Nguema a instruit le Gouvernement d’engager une enquête nationale sur les Gabonais économiquement et socialement vulnérables, à l’issue de la réception des résultats provisoires du Recensement Général de la Population et du Logement (RGPL). Officiellement, l’objectif est de cartographier la précarité pour mieux orienter les aides publiques. Sauf que cette cartographie existe déjà, à plusieurs niveaux, et depuis plusieurs années.

La Banque mondiale chiffre le taux de pauvreté gabonais à 34,6 % de la population en 2024, avec une projection à 36,3 % pour 2025, plaçant le pays parmi les dix nations à revenu intermédiaire supérieur les plus touchées au monde. La Banque africaine de développement avance un taux proche, 35,1 % en 2023, et situe le chômage à 20,4 %, avec des pointes à 36,4 % chez les jeunes et 29 % chez les femmes. Ces données sont publiques, actualisées régulièrement, et déjà ventilées par catégorie démographique.

Sur le plan opérationnel, le pays dispose depuis 2007 d’un statut légal de Gabonais Économiquement Faible (GEF), attribué par la CNAMGS après enquête sociale et matérialisé par un numéro d’identifiant unique. Le fichier GEF a déjà fait l’objet d’un recensement dédié, le RGEF II, lancé en 2023 dans l’Estuaire, province qui concentre plus de la moitié des bénéficiaires enregistrés. Le nombre d’assurés GEF a varié selon les années entre 600 000 et près d’un million de personnes. Le mécanisme de ciblage existe donc, avec ses failles documentées : un système déclaratif jugé perméable, que les autorités elles-mêmes cherchaient à corriger.

Justement, le chef de l’État a annoncé en juin dernier, lors de son discours sur l’état de la Nation, la création d’un « Fonds 4 » à la CNAMGS et une révision des critères d’attribution du statut GEF, avec pour objectif affiché de mieux cibler les bénéficiaires des aides publiques. Cette réforme répondait déjà à la question que la nouvelle enquête prétend résoudre. Se pose alors une interrogation simple : que devient le travail du RGEF II, et pourquoi lancer un nouvel exercice de cartographie sociale quelques semaines après avoir annoncé une refonte du dispositif existant ?

Le Gouvernement affirme vouloir fonder son action sur des données fiables. La fiabilité n’est pourtant pas le problème central ici, les institutions financières internationales et la CNAMGS produisant déjà des chiffres solides et actualisés. La question qui reste sans réponse publique porte sur l’usage réel qui sera fait de ces données accumulées, et sur le calendrier de mise en œuvre des mécanismes d’aide déjà recensés mais dont l’efficacité, faute d’évaluation publiée, demeure difficile à mesurer.

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