À Owendo, les ventes aux enchères organisées par les Douanes gabonaises attirent depuis le 29 juin 2026, des dizaines d’acheteurs venus acquérir des véhicules, des engins ou diverses marchandises saisies ou non dédouanées. Sur place, une règle frappe immédiatement les visiteurs : les adjudicataires doivent régler leurs achats au comptant. Une exigence qui interroge, alors que certaines mises à prix dépassent les 20 millions de fcfa et que l’État multiplie parallèlement les discours sur la digitalisation des paiements et la traçabilité financière.
À l’entrée du site de vente, une pancarte rappelle les principales conditions de participation. Parmi elles, l’obligation pour l’acquéreur de payer immédiatement le montant de son adjudication, auquel s’ajoutent 12 % de frais de commissaire-priseur. Pour certains véhicules proposés, se sont vendus à plus de 23 millions de fcfa, le montant à mobiliser approche ainsi les 26 millions de fcfa. Dans les faits, cette organisation conduit des particuliers ou des entreprises à transporter d’importantes sommes en liquide jusqu’au lieu des enchères. Les communications officielles des Douanes ne précisent pas si des virements bancaires, des chèques certifiés ou d’autres moyens de paiement sont admis en alternative. Elles évoquent uniquement un règlement au comptant, sans détailler le circuit de l’encaissement.
Cette pratique surprend d’autant plus que l’administration gabonaise affiche depuis plusieurs années une volonté de moderniser la gestion des finances publiques. Les administrations fiscales et douanières investissent dans la dématérialisation des procédures, les plateformes numériques, les télépaiements et le renforcement de la traçabilité des recettes publiques. L’objectif affiché est double : faciliter les démarches des usagers et réduire les manipulations de liquidités, traditionnellement considérées comme plus difficiles à contrôler. Dans ce contexte, voir une opération publique susceptible de mobiliser plusieurs centaines de millions de fcfa reposer principalement sur des paiements en espèces apparaît, à première vue, en décalage avec cette stratégie.
Au-delà de cette contradiction apparente, se pose une question de sécurité. Transporter plusieurs dizaines de millions de fcfa jusqu’à un site d’enchères expose les acquéreurs à des risques évidents de vol ou d’agression. Il soulève également des interrogations sur les dispositifs mis en place pour sécuriser les fonds une fois encaissés. Les documents publics consultés ne détaillent pas les modalités de conservation des espèces, leur dépôt auprès du comptable public compétent ni les délais de reversement au Trésor. Il ne s’agit pas d’affirmer que ces procédures n’existent pas, mais de constater qu’elles ne sont pas expliquées au public alors même qu’elles concernent des recettes de l’État.
Ces interrogations appellent des réponses précises des Douanes et, le cas échéant, du Trésor public. Pourquoi le paiement en espèces demeure-t-il la règle pour cette vente ? Des moyens de paiement bancaires sont-ils autorisés sans être mentionnés dans la communication officielle ? Quel est le protocole de sécurisation des fonds encaissés ? À quel moment les recettes rejoignent-elles les comptes du Trésor ? Enfin, pourquoi ne pas profiter de cette opération pour illustrer concrètement la modernisation financière que l’administration affirme poursuivre ? Tant que ces questions resteront sans réponse publique, les enchères d’Owendo continueront d’alimenter un débat qui dépasse largement la seule vente de marchandises : celui de la cohérence entre les engagements de modernisation de l’État et les pratiques observées sur le terrain.














