Gabon : le pari du Centre d’Enfouissement Technique de Nkoltang

La visite interministérielle du 10 juillet à Nkoltang a été présentée comme la preuve d’un chantier qui avance. Un taux d’exécution supérieur à 60% pour le premier casier d’urgence, une délégation large réunissant Intérieur, Environnement, Urbanisme, Travaux Publics et ANUTTC, et un objectif d’ouverture en octobre. Sur le papier, la mécanique institutionnelle semble huilée. Dans les faits, plusieurs zones d’ombre subsistent sur un projet censé régler une crise sanitaire qui dure depuis des décénies.

La première interrogation porte sur le respect du calendrier lui-même. Les projets d’infrastructure environnementale au Gabon ont, par le passé, accumulé les retards, souvent liés à des ruptures de financement ou à des lenteurs d’exécution des entreprises adjudicataires. Rien dans la communication officielle ne permet d’écarter ce risque pour Nkoltang, d’autant que le passage du premier casier d’urgence au futur CTVD suppose des investissements bien plus lourds que ceux engagés jusqu’ici.

Se pose ensuite la question du mode d’attribution du marché à Mika Services. Dans un contexte où la commande publique gabonaise reste massivement dominée par l’entente directe, aucune précision n’a été donnée sur la procédure ayant conduit au choix de cette entreprise pour un chantier stratégique de cette nature. Cette absence de transparence sur l’attribution s’ajoute à celle qui entoure le montant du marché, jamais communiqué publiquement.

Le volet sanitaire mérite également d’être interrogé. Le nouveau site doit respecter des normes environnementales strictes, avec traitement des effluents et captage des gaz. Mais aucune étude d’impact environnemental et social n’a été mentionnée ni rendue publique à ce jour, alors qu’un site de cette taille, à proximité de zones habitées, appelle normalement une consultation des populations concernées en amont du chantier.

Le gouvernement actuel a fait de la fermeture de Mindoubé un argument de communication sur la modernisation des services publics. Mais un centre d’enfouissement technique ne se juge pas sur son inauguration : il se juge sur sa capacité à fonctionner durablement, avec un financement stable et une gouvernance transparente. Sur ces deux points, Nkoltang reste, pour l’heure, un pari plus qu’une certitude.

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