« On ne peut pas avoir vingt-cinq milliards de francs CFA mis à votre disposition à la banque pour vos projets avec des taux de quatre pour cent sur huit virgule neuf milliards sont utilisés à ce jour. Ça veut dire que vous n’allez pas vers les banques », a déclaré le président Brice Clotaire Oligui Nguéma ce lundi 15 juin 2026 dans son discours à la Nation. Le chef de l’État visait directement la Banque pour le Commerce et l’Entrepreneuriat du Gabon (BCEG), institution publique dédiée au financement des jeunes entrepreneurs, dotée de 25 milliards de fcfa à un taux préférentiel de 4 %. Son constat est sans détour : sur cette enveloppe, seulement 8,9 milliards ont été mobilisés à ce jour. La BCEG est ouverte, l’argent est disponible, mais les jeunes Gabonais ne s’y présentent pas en nombre suffisant.
Un taux moyen des prêts bancaires au Gabon atteignait 16,5 %
Les Perspectives Économiques en Afrique 2026 de la Banque africaine de développement, publiées en mai 2026, apportent un éclairage structurel sur l’environnement dans lequel la BCEG opère. L’institution documente que le taux moyen des prêts bancaires au Gabon atteignait 16,5 % au premier trimestre 2025. Ce taux, pratiqué par les banques commerciales dans leur fonctionnement ordinaire, constitue le référentiel auquel se confronte tout porteur de projet qui ignore ou n’accède pas à la BCEG.
La BAD identifie le nœud du problème. Elle note que «le développement financier est faible : le crédit à l’économie représentait 17,5 % du PIB en 2025, contre 31 % au Sénégal». Le secteur informel, qui représente 49,2 % du PIB gabonais, regroupe la majorité des jeunes entrepreneurs, sans registre de commerce, sans états financiers, sans historique bancaire. Or la BCEG, comme tout établissement de crédit, exige une traçabilité minimale pour instruire un dossier. L’écart entre l’offre institutionnelle et la réalité socioéconomique des bénéficiaires potentiels est structurel et ne relève pas uniquement d’un manque d’information ou de volonté de la part des jeunes.
« Accélérer la numérisation » et de « mieux lutter contre l’économie informelle »
La question que posent conjointement le discours présidentiel et les données de la BAD est donc celle de l’intermédiation : comment faire le lien entre la BCEG et les jeunes qui évoluent dans l’informel, qui n’ont pas de garanties à présenter et qui ne maîtrisent pas les procédures bancaires ?
La BAD recommande pour le Gabon d’«accélérer la numérisation» et de «mieux lutter contre l’économie informelle», deux leviers qui, s’ils sont activés, élargiront mécaniquement le vivier de jeunes bancables pouvant accéder à la BCEG. En attendant, les 16,1 milliards de fcfa non encore mobilisés à la BCEG ne sont pas seulement un signal de désintérêt, ils sont aussi le reflet d’un écosystème entrepreneurial qui n’a pas encore les conditions pour absorber pleinement l’offre qui lui est faite.














