Dix avril 2026 : le Gabon signe avec Trafigura un préfinancement pétrolier d’un milliard de dollars. Vingt-deux mai 2026 : le Conseil des ministres adopte un projet de loi de finances rectificative qui autorise, à son article 97, un second emprunt d’ampleur comparable, cette fois sous forme d’eurobond. Trois mois séparent les deux opérations. La question mérite d’être posée sans détour : pourquoi un État qui vient d’encaisser 600 milliards de fcfa a-t-il besoin de retourner emprunter presque autant, aussi vite ?
Le second instrument ne ressemble en rien au premier. Il s’agit d’une ligne inscrite au tableau de financement du PLFR sous l’intitulé « Société Générale, Eurobond 10 ans, 857 850 000 000 fcfa », soit l’équivalent d’environ 1,5 milliard de dollars, ce qui en ferait la plus importante émission souveraine gabonaise depuis l’eurobond de 2021. Fait notable relevé par la presse locale : aucun titre de presse ni communiqué officiel n’a signalé cette ligne depuis l’adoption du texte en Conseil des ministres, une discrétion qui tranche avec l’ampleur de l’engagement pris pour la décennie à venir.
Le coût de cette opération n’a, lui, rien de discret. Selon les évaluations relayées par la presse économique, le service de la dette associé à cette émission oscillerait entre 95 et 110 milliards de francs CFA d’intérêts annuels, pour une charge cumulée pouvant approcher 1 100 milliards de fcfa sur dix ans. Elle s’inscrit dans un mouvement plus large où le recours à plus de 1 400 milliards fcfa d’emprunts pour équilibrer le budget génère une charge financière projetée à plus de 1 000 milliards fcfa d’intérêts sur dix ans, un constat qui a poussé plusieurs députés, dont un ancien directeur général de la dette, à réclamer un assainissement structurel plutôt qu’un nouveau refinancement.
La juxtaposition des deux opérations soulève une hypothèse simple, jamais confirmée officiellement : les 600 milliards de Trafigura, présentés comme un appui à l’investissement et aux réserves de change, n’auraient-ils servi qu’à combler des besoins de trésorerie immédiats, sans capacité à couvrir l’ensemble des engagements budgétaires de l’année ? Si tel est le cas, l’eurobond ne serait pas un instrument complémentaire mais un correctif d’urgence, ce qui changerait profondément la lecture que les créanciers et les institutions internationales doivent faire de la solvabilité gabonaise.
Reste que cet empilement de dette gagée sur le pétrole et de dette obligataire classique intervient dans un contexte de notation dégradée et de négociations en cours avec le Fonds monétaire international. Un eurobond levé trois mois après un préfinancement de matières premières n’est pas anodin pour les agences de notation ni pour les investisseurs qui scrutent la trajectoire d’endettement du pays. La discrétion qui a entouré l’autorisation de cet emprunt pourrait, à terme, coûter plus cher en crédibilité que les 95 à 110 milliards de fcfa d’intérêts annuels qu’il engage déjà.













