Devant le Parlement, le président Brice Clotaire Oligui Nguéma annonce que le paiement de la première tranche de 10 milliards de fcfa aux épargnants spoliés de la Postebank « sera effectif, sur près de 32 milliards de fcfa », et précise : « Tous ces règlements seront effectifs dès demain ». Donc dès aujourd’hui. L’annonce intervient quatre jours seulement après la clôture, le 11 juin, d’une nouvelle campagne nationale de recensement des bénéficiaires, lancée précisément parce que les bases de données existantes étaient jugées incomplètes ou non fiabilisées.
Le passif total de la faillite de la Postebank, survenue en 2017, dépasse aujourd’hui 72 milliards de fcfa : environ 31 à 32 milliards dus à près de 60 000 particuliers, et environ 41 milliards dus aux entreprises créancières, ces dernières n’étant concernées par aucune annonce de calendrier de remboursement à ce stade.
Cet engagement précis a déjà connu un précédent qui invite à la prudence. En février 2025, le porte-parole du collectif des anciens épargnants avait dénoncé une provision budgétaire de 10 milliards de fcfa réduite, sans justification publique, à 5 milliards, puis à 3 milliards, déplorant « la somme retenue sans explications ». Que ce montant revienne aujourd’hui à son niveau initial est une bonne nouvelle pour les épargnants, mais l’historique de ce dossier précis ne plaide pas pour une exécution automatique des annonces.
Sur le mécanisme de financement, aucune source disponible ne mentionne de véhicule financier dédié à la restructuration de cette dette, à la différence d’autres opérations de ce type observées récemment dans le paysage financier gabonais. Il s’agit, selon toutes les sources consultées, d’une enveloppe mobilisée directement sur le budget de l’Etat, ce qui signifie que son exécution dépend chaque année des arbitrages budgétaires globaux plutôt que d’un engagement juridiquement détaché du reste des finances publiques.
10 milliards de fcfa couvrent donc moins d’un tiers de la seule dette due aux particuliers, et rien de celle due aux entreprises. Présenter ce versement comme acquis « dès demain », au moment même où le pays négocie un programme de rigueur avec le FMI et où le recensement des bénéficiaires venait juste de se clore, mérite un suivi serré plutôt qu’une validation immédiate.














