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Gabon : avec une coupe de 55 milliards dans le PLFR 2026, Oligui met fin aux rêves de grandeur de Mays Mouissi

Il y a quelques semaines à peine, Mays Mouissi se présentait en ministre bâtisseur. Le 12 juin, devant la Commission des Finances de l’Assemblée nationale, c’est son collègue Edgard Moukoumbi qui a défendu à sa place un budget amputé de 74%, ramené de 74,2 à 19,3 milliards de fcfa. Soit 55 milliards effacés en cours d’année. Un désaveu budgétaire brutal, qui contraste avec l’ambition affichée depuis sa prise de fonctions en janvier.

Nommé au Logement, à l’Habitat, à l’Urbanisme et au Cadastre lors du remaniement du 1er janvier 2026, Mays Mouissi avait dévoilé dès février un plan ambitieux pour ses 100 premiers jours, face à un déficit en logements décents estimé à plus de 200 000 unités dans le pays. Au menu : auto-construction facilitée, sécurisation foncière accélérée, partenariats avec les banques pour transformer les primes de logement en crédits accessibles.

Les annonces se sont ensuite enchaînées à un rythme soutenu. Le 1er avril, le ministère lançait par le canal de la Société Nationale Immobilière la commercialisation de 2 500 parcelles réparties sur le territoire national, dont 1 500 à Essassa et 300 à Mangouba. Le 6 mai, c’est le lancement des travaux de Bellambra Résidence, programme du groupe ADDOHA prévoyant 500 logements à Akanda, dans le cadre d’une convention portant sur 5 000 logements sociaux et économiques sur sept ans.  

Le PLFR 2026 ampute le budget du ministère de près des trois quarts. Les quelque 1 000 logements budgétisés pour.

Fin mai, lors de l’émission spéciale « La Nuit des 100 jours», Mays Mouissi défendait une stratégie qu’il qualifiait lui-même d’«urbanisme de vérité», affichant l’objectif d’atteindre 10 000 parcelles aménagées d’ici octobre 2026. Le 2 juin, le président Oligui Nguema recevait au Palais présidentiel une délégation de promoteurs immobiliers conduite par le ministre, signal d’une politique logement présentée comme prioritaire. Ce même jour était annoncé un programme de 8 000 logements sociaux, avec BGFIBank mobilisant 60 milliards de fcfa, extensibles jusqu’à 100 milliards.

Dix jours plus tard, c’est pourtant la douche froide. La réalité budgétaire a rattrapé le discours. Le PLFR 2026 ampute le budget du ministère de près des trois quarts. Les quelque 1 000 logements budgétisés pour 2026 dans le cadre de partenariats public-privé devront désormais se financer avec 19,3 milliards là où 74,2 avaient été programmés. La contradiction est saisissante : d’un côté, un chef de l’État qui reçoit des promoteurs immobiliers et lance des programmes à grand renfort de communication et de l’autre, un PLFR qui retire massivement les moyens du ministre chargé de les mettre en œuvre. 

Edgard Moukoumbi, contraint de défendre le budget de son collègue absent, a justifié la coupe par «des arbitrages budgétaires opérés afin de préserver les équilibres macroéconomiques». La formule est élégante. Elle ne dit pas pourquoi c’est précisément le Logement, secteur érigé en «contrat social» par le président, qui supporte la coupe la plus sévère de l’exercice rectificatif. Elle ne dit pas non plus ce que deviennent les engagements pris devant les populations d’Essassa, d’Akanda, de Bikélé. Et elle ne dit rien de l’absence de Mays Mouissi à cette audition, laconiquement qualifié d’«empêché».

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