Dans les couloirs de l’Assemblée nationale, les débats sur le PLFR 2026 ont surtout porté sur la coupe des investissements et la hausse de la dette. Une ligne a glissé entre les mailles. La mission « Engagements de l’État » passe de 508,5 à 691,4 milliards de fcfa entre la loi de finances initiale et le budget rectificatif. Une hausse de 182,9 milliards en cours d’exercice, soit +36%. C’est une des progressions les plus fortes de tout le budget. Et c’est une des moins commentées. Ni le communiqué du Conseil des ministres, ni les déclarations publiques du ministre Minko n’ont détaillé ce que couvrent ces 182,9 milliards supplémentaires.
Les engagements de l’État sont des dépenses contraintes, celles que l’État ne peut légalement pas refuser de payer. Ils couvrent typiquement les garanties appelées sur des emprunts que l’État a cautionnés pour le compte d’entreprises publiques, les condamnations judiciaires contre l’État, les indemnisations dues suite à des contentieux, et les engagements hors bilan activés par des créanciers. Quand cette ligne progresse de 36% en cours d’exercice, c’est que des obligations imprévues ont été activées entre janvier et juin 2026. La question est de savoir lesquelles et si d’autres pourraient encore être activées avant la fin de l’année.
Le contexte de l’audit de la dette rend cette question particulièrement sensible. Le président Oligui Nguema a lui-même révélé avoir reçu des chiffres divergents sur la dette à sa prise de pouvoir, 7 500 milliards, puis 8 000 milliards. Cet écart de 500 milliards correspond précisément à des engagements hors bilan qui n’avaient pas été intégrés dans les comptes publics officiels. Si l’audit en cours révèle de nouveaux engagements cachés, la mission « Engagements de l’État » du PLFR 2026 pourrait n’être que le début d’une série de révisions à la hausse sur cette ligne dans les budgets suivants.
Les entreprises publiques gabonaises sont au cœur de cette question. Selon le FMI, le Gabon compte 27 entreprises publiques dont les états financiers ne sont pas rendus publics. Plusieurs d’entre elles ont des dettes garanties par l’État. Si l’une de ces entreprises se retrouve en difficulté de remboursement, l’État est appelé en garantie, et la charge s’inscrit dans la mission « Engagements de l’État ». Sans transparence sur les bilans des entreprises publiques, il est impossible d’évaluer le risque latent que représente cette ligne pour les budgets futurs.
182 milliards supplémentaires d’engagements en cours d’exercice, sans explication publique détaillée, c’est une information que les Gabonais méritent de comprendre. Pas pour alimenter la défiance, mais pour exercer leur droit légitime de savoir comment leur argent est utilisé. La Commission des finances de l’Assemblée nationale a le pouvoir d’exiger cette ventilation. Le rapport de l’audit de la dette, attendu à l’été 2026, devrait en livrer une partie. Dans l’intervalle, la transparence est la seule réponse satisfaisante.














