Lorsque le président Brice Clotaire Oligui Nguema prononce cette formule ce 15 juin 2026, il s’attaque frontalement à l’un des plus grands traumatismes politiques du Gabon contemporain. Pendant des décennies, le pays a été habitué à des projets grandioses présentés sur papier glacé, qui ne se sont jamais traduits dans le quotidien des populations. En opposant le virtuel des « maquettes » au concret du « bâti », le chef de l’État tente d’asseoir sa légitimité par une politique du pragmatisme et de la vérité. Ce discours fort marque une volonté de rupture radicale avec les pratiques passées, engageant l’exécutif sur le terrain de la responsabilité et de l’action immédiate.
Cependant, cette ambition se heurte de plein fouet aux urgences sociales et structurelles qui accablent le pays, à commencer par la situation critique de la commune d’Owendo. Bien qu’elle abrite les principaux terminaux portuaires et qu’elle constitue le cœur battant de l’activité économique nationale, cette localité attend toujours une desserte en électricité et en eau optimale. Au moment même où le président proclame la fin des illusions, Owendo subit la dure réalité de black-outs prolongés et de pénuries d’eau qui paralysent les ménages et les petites entreprises. Ce décalage saisissant entre les promesses de confort énergétique et le quotidien des usagers vient directement interroger l’efficacité de l’appareil étatique.
Vers la fin des maquettes ?
La persistance de ces crises met en lumière l’inertie de structures comme la Société d’énergie et d’eau du Gabon (SEEG), souvent perçue comme un « État dans l’État » insensible aux orientations de la présidence. Malgré des injections financières massives de l’État notamment un prêt relais de 30 milliards de fcfa pour maintenir les barges flottantes de Karpowership ou l’annonce de 30 mégawatts supplémentaires pour stabiliser le Grand Libreville, les résultats sur le terrain restent invisibles pour les Owendois. Pour les populations fatiguées d’attendre, la fin des maquettes ne sera réelle que lorsque l’eau coulera régulièrement au robinet et que l’électricité cessera d’être un luxe rationné.
Face à ce scepticisme ambiant, l’assertion présidentielle sera irrémédiablement jugée à l’aune de sa capacité à mener à bien le projet de Kobe-Kobe, désormais identifié comme son grand projet phare. Ce mégaprojet, qui comprend le développement d’un grand port en eau profonde, d’un corridor ferroviaire de 535 kilomètres et du barrage hydroélectrique de Booué, est conçu pour transformer structurellement l’économie nationale. En liant le gisement de fer de Belinga à l’océan et en ambitionnant de multiplier les capacités énergétiques du pays, Kobe-Kobe se présente comme le crash-test ultime de la gouvernance d’Oligui Nguema, le chantier qui doit prouver que le Gabon est entré dans l’ère de l’exécution.
Une volonté réelle de bâtir le Gabon de demain
Oligui Nguéma joue sa crédibilité sur une double temporalité : l’immédiateté du quotidien et la concrétisation des infrastructures d’avenir. Si le lancement des grands travaux de Kobe-Kobe démontre une volonté réelle de bâtir le Gabon de demain, la formule présidentielle perdra de sa superbe si les besoins vitaux des citoyens restent lettre morte. Pour que ce mandat ne soit pas associé à une nouvelle forme d’illusion, l’exécutif devra impérativement traduire ses consignes en actes concrets, en sanctionnant les fiascos techniques et en soulignant que la modernité commence d’abord par le respect des services de base à Owendo et dans le reste du pays.














