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Gabon : Oligui Nguéma appelle les jeunes vers la BCEG, tandis que la BAD rappelle que 49,2 % de l’économie est informelle

« Quand je vais dans les quartiers, je vous écoute : on a besoin d’argent pour investir, on a besoin d’argent », a rapporté le président Brice Clotaire Oligui Nguéma ce 15 juin 2026, avant d’interpeller la jeunesse sur la Banque pour le Commerce et l’Entrepreneuriat du Gabon (BCEG). L’institution publique, dotée de 25 milliards de fcfa à un taux préférentiel de 4 %, a été présentée par le chef de l’État comme la réponse concrète aux besoins de financement exprimés dans les quartiers. 

Pourtant, sur l’enveloppe disponible, seulement 8,9 milliards ont été mobilisés. Les Perspectives Économiques en Afrique 2026 de la Banque africaine de développement permettent de comprendre pourquoi cet écart persiste et pourquoi il ne relève pas uniquement d’un problème de communication. Premier élément de contexte : 36,3 % des jeunes Gabonais étaient au chômage en 2025, selon la BAD. Un jeune sur trois sans emploi, c’est aussi un jeune sur trois sans revenus réguliers démontrables et donc sans capacité de remboursement aux yeux d’un comité de crédit, quel que soit le taux proposé. 

Même à 4 %, un prêt suppose un flux de revenus futur crédible que le jeune emprunteur doit être capable de projeter et de documenter. Or le taux de chômage global atteignait 20,2 % en 2025, avec une surexposition des femmes à 28,6 %, autant de profils pour lesquels la BCEG reste théoriquement accessible mais pratiquement difficile à atteindre sans accompagnement renforcé à la constitution des dossiers.

Deuxième élément : 49,2 % du PIB gabonais est produit par le secteur informel. La majorité des jeunes entrepreneurs que le président Oligui Nguéma dit écouter dans les quartiers opèrent précisément dans cet espace, sans registre de commerce, sans compte bancaire actif, sans états financiers. La BCEG, comme tout établissement de crédit, instruite ses dossiers sur la base de documents que l’économie informelle ne produit pas. Entre l’aspiration à entreprendre et l’accès effectif au guichet de la BCEG, il y a un seuil de formalisation que la majorité des candidats potentiels n’a pas encore franchi, non par désintérêt, mais par structure.

La BAD formule sur ce point des recommandations directes pour le Gabon : «mieux lutter contre l’économie informelle», «accélérer la numérisation» et renforcer «l’efficacité des investissements», l’institution notant que «l’écart d’efficacité des investissements publics est élevé, à 60 % contre 40 % en Afrique subsaharienne». Ces recommandations dessinent les conditions préalables à un plein déploiement de la BCEG : non pas changer le taux ou augmenter l’enveloppe, mais construire autour de la banque un écosystème d’accompagnement, formation, formalisation, garanties alternatives, qui permette aux jeunes des quartiers d’accéder effectivement aux 16,1 milliards de fcfa qui les attendent encore.

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