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Gabon : 2029, l’année où le manganèse profitera enfin aux Gabonais

Le 30 mai 2025, le Conseil des ministres gabonais a tranché : à compter du 1er janvier 2029, l’exportation de manganèse brut sera interdite sur l’ensemble du territoire. Présentée comme une « orientation souveraine irréversible », la mesure impose aux opérateurs miniers un délai de trois ans pour investir dans la transformation locale du minerai, sous peine de perdre l’accès au marché d’exportation qui constitue aujourd’hui l’essentiel de leurs débouchés. Pour le gouvernement du président Oligui Nguema, il s’agit de tourner une page ouverte depuis 1960, année du début de l’exploitation du gisement de Moanda, dans le Haut-Ogooué : celle d’une ressource extraite en grande quantité mais transformée, jusqu’ici, presque exclusivement hors du pays.

L’enjeu est de taille. Le Gabon a produit 10,4 millions de tonnes de manganèse en 2022 selon les derniers chiffres rapportés par l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives, plus de 70% de ce volume étant assuré par la Comilog, filiale du groupe français Eramet, aux côtés du chinois CICMHZ et de Nouvelle Gabon Mining, société codétenue par l’État. Le pays revendique des réserves dépassant 650 millions de tonnes, qui en font l’un des plus gros gisements mondiaux. Mais la critique qui circule dans le débat public gabonais est sans détour : la majorité du minerai brut continue de prendre la direction d’usines étrangères, notamment celle d’Eramet à Dunkerque, en France, un pays qui ne dispose d’aucun gisement propre mais qui s’est construit, au fil des décennies, une position de référence mondiale sur la valorisation industrielle d’une matière première qu’il ne possède pas.

Un socle déjà existant

Contrairement à d’autres paris industriels gabonais lancés depuis zéro, celui-ci s’appuie sur un socle déjà existant. À Moanda, la Comilog exploite depuis 2000 le Complexe Industriel de Moanda (CIM), qui élève la teneur du minerai de 30% à plus de 46% par une laverie d’enrichissement, avant une étape de sintérisation portant cette teneur à environ 56%, un procédé que la Comilog est la seule entreprise au monde à opérer directement au pied de sa mine. 

Depuis 2020, le Complexe Métallurgique de Moanda (CMM), inauguré pour plus de 160 milliards de fcfa, produit en complément de l’oxyde de manganèse destiné aux fertilisants, aux piles et aux procédés de soudure. C’est, à ce jour, la seule usine de transformation du manganèse de toute l’Afrique subsaharienne — un argument que le gouvernement met en avant pour crédibiliser l’échéance de 2029 : l’expérience industrielle existe déjà, il s’agit désormais de l’étendre à l’échelle de la production nationale plutôt que de la construire à partir de rien.

Validation d’un calendrier conjoint de transformation locale

Cette extension est en cours sur plusieurs fronts. À Mounana, dans le Haut-Ogooué, Nouvelle Gabon Mining construit une usine équipée à terme de quatre fours, pour une capacité de production mensuelle annoncée de 70 000 à 80 000 tonnes de manganèse transformé et la création de 300 à 400 emplois directs ; la première livraison test d’un four était attendue pour juin 2026. Le 11 mai 2026, à Nairobi, le président Oligui Nguema et la PDG d’Eramet, Christel Bories, ont validé un calendrier conjoint de transformation locale et confirmé l’intention du Gabon de souscrire à l’augmentation de capital du groupe français, votée le 27 mai, une façon, pour Libreville, de passer du statut de pays hôte à celui d’actionnaire de l’opérateur historique. 

Dans le même mouvement, l’État a sécurisé en février 2026 plus de 52 000 hectares près de Mayumba pour de futurs pôles de transformation minière, tandis qu’un groupe japonais, Asia Minerals Limited, étudie l’implantation d’une unité supplémentaire. Le secteur ferroviaire n’est pas oublié : une nouvelle phase du plan de modernisation du réseau Setrag a été actée à Nairobi, condition jugée indispensable pour qu’une industrie minière nationale puisse tenir dans la durée.

Une trajectoire positive

Reste un point de vigilance : l’énergie. Transformer deux millions de tonnes de manganèse exigerait environ 1 000 mégawatts de puissance électrique installée, un chiffre à mettre en regard des données les plus récentes de la Direction générale de l’économie et de la politique fiscale, qui font état, au quatrième trimestre 2025, d’un recul de 8,3% de la production électrique nationale, attribué à une avarie de l’outil de production et à des délestages observés sur la période, dans un contexte de moyens d’entretien raréfiés. 

Sur l’ensemble de l’année, la production progresse de 26,4%, portée notamment par l’entrée en service de l’opérateur KarPowerShip. Un signe que la trajectoire reste positive, mais loin d’être encore calibrée pour absorber une demande industrielle de l’ampleur visée à Moanda et Mounana. L’échéance de 2029 fixe donc un cap clair ; sa tenue dépendra autant de la volonté politique affichée que de la capacité du Gabon à résoudre, d’ici là, sa propre fragilité électrique.

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