Comment élaborer un budget crédible, anticiper un choc pétrolier ou mesurer les effets d’une réforme fiscale lorsque les principales données économiques du pays accusent parfois près de vingt ans de retard ? C’est l’une des questions les plus sensibles soulevées par le rapport d’assistance technique du Fonds monétaire international (FMI). Au-delà du développement d’un nouveau modèle macroéconomique, l’institution met en évidence une faiblesse structurelle rarement évoquée dans le débat public : le déficit statistique qui limite la capacité de l’État à comprendre, prévoir et piloter une économie gabonaise estimée à près de 12 000 milliards de fcfa de produit intérieur brut.
Le constat dressé par le FMI est particulièrement sévère. Les experts rappellent que les comptes nationaux les plus récents validés remontent à 2005, plusieurs enquêtes statistiques indispensables n’ayant toujours pas été finalisées. Cette situation oblige les administrations à travailler avec des estimations, des projections ou des indicateurs partiels pour produire les prévisions macroéconomiques. Le rapport souligne également que certaines données essentielles arrivent avec retard ou demeurent difficiles d’accès, ce qui réduit la fiabilité des exercices de cadrage budgétaire.
Ces insuffisances ne concernent pas uniquement la production statistique. Le FMI relève que les informations économiques proviennent d’une multitude d’administrations, Direction générale de la Statistique, DGEPF, Direction générale de la Dette, Douanes, Trésor, BEAC ou encore Direction des Programmes sectoriels, sans que les mécanismes de coordination permettent toujours une circulation fluide et rapide des données. Les retards de transmission, les révisions fréquentes et les divergences entre institutions compliquent l’élaboration de projections cohérentes et limitent la capacité des autorités à réagir rapidement face aux évolutions économiques.
Pour répondre à ces lacunes, le FMI propose bien davantage qu’un simple changement de logiciel. Le projet prévoit le développement d’un nouveau modèle macroéconomique alimenté par une base de données modernisée, ainsi qu’une coordination renforcée entre les principales administrations productrices de statistiques. Le succès de cet outil dépendra toutefois de l’actualisation des comptes nationaux conduite parallèlement avec le Département des statistiques du FMI. Les premiers résultats de ce chantier étaient attendus dès 2025 afin de permettre une meilleure calibration des projections économiques et budgétaires.
Un État qui ne dispose pas de statistiques fiables peine à mesurer la croissance réelle, à anticiper l’évolution de ses recettes, à évaluer l’impact de ses politiques publiques ou à convaincre ses partenaires financiers de la crédibilité de ses prévisions. Pour le FMI, moderniser les outils de prévision ne suffira donc pas. Encore faut-il que les données qui les alimentent reflètent enfin la réalité d’une économie qui a profondément changé depuis le milieu des années 2000. Sans cette base statistique solide, piloter une économie de près de 12 000 milliards fcfa reviendrait à naviguer avec des instruments dont la précision ne correspond plus aux défis actuels.














