Ouvrez la page d’actualités de la Direction Générale de l’Économie et de la Politique Fiscale et vous remontez treize ans en arrière. La dernière information mise en avant date d’octobre 2013. Les icônes de réseaux sociaux, elles, ne renvoient à aucun compte identifié de l’institution mais aux pages d’accueil génériques de X (ex Twitter) et Facebook. Pour un service qui se présente comme le cerveau analytique de la politique économique de l’État, la vitrine numérique raconte une tout autre histoire, celle d’une administration qui a cessé, à un moment donné, de considérer sa communication comme une priorité.
Ce constat prendrait des allures d’anecdote si le Gabon ne multipliait pas, par ailleurs, les discours sur la transformation numérique de l’administration publique. Le Haut Conseil pour l’Investissement défend la gouvernance des données comme un levier de compétitivité. La BEAC publie ses notes conjoncturelles et ses décisions de politique monétaire avec une régularité que la DGEPF ne parvient plus à égaler. L’écart entre l’ambition affichée au sommet et l’état réel des outils de diffusion d’une direction générale centrale interroge sur la cohérence de la stratégie de modernisation de l’État.
Le problème dépasse l’esthétique d’un site internet. Une administration économique qui ne maintient plus sa propre vitrine de diffusion pose la question de ce qui se passe en amont, dans la production même de la donnée. Si la communication externe est à l’arrêt depuis plus d’une décennie, quelle garantie a-t-on que les processus internes de collecte, de traitement et d’archivage des statistiques économiques nationales échappent au même relâchement. Le FMI a d’ailleurs pointé l’obsolescence des outils de prévision de la DGEPF, ce qui suggère que le retard ne se limite pas à la page web.
Les autorités actuelles ont multiplié les annonces de réforme de l’administration économique et financière, avec la création de nouvelles structures et l’élargissement des missions de plusieurs directions générales. Mais réformer les textes sans moderniser les outils de diffusion et de production revient à repeindre une façade sans consolider les fondations. La modernisation numérique de l’État gabonais ne se mesure pas seulement aux discours prononcés dans les forums internationaux, elle se vérifie aussi, très concrètement, dans l’état d’une page web censée informer les citoyens et les investisseurs.
Le contraste entre l’ambition proclamée et les moyens réellement alloués à ces structures mérite une réponse claire de la tutelle. Combien de temps encore une direction générale aussi stratégique pourra-t-elle fonctionner avec une présence numérique figée à l’ère pré-2015, pendant que le pays négocie sa crédibilité économique auprès de ses créanciers et de ses partenaires techniques et financiers, tout en prenant une souveraineté numérique avec son premier data center?














