La nouvelle mercuriale annoncée par le ministère de l’Accès Universel à l’Eau et à l’Energie fixe des tarifs précis, 3.000 de fcfa le m³ livré par cubitainer, 600 de fcfa le fût de 200 litres, 300 de fcfa pour les petites livraisons de 100 litres. Le communiqué indique que les paiements se feront à la livraison, directement auprès des agents des forces de l’ordre mobilisés pour l’opération. Cette précision, presque technique en apparence, soulève une question centrale que le texte n’aborde à aucun moment : où vont ces fonds une fois collectés sur le terrain.
Dans le circuit normal de facturation de la SEEG, les paiements des usagers transitent par des systèmes de facturation identifiés, avec émission de factures et traçabilité comptable, avant reversement selon les règles applicables à l’entreprise. Le dispositif décrit dans le communiqué ne mentionne ni facture, ni reçu, ni système d’enregistrement des paiements perçus par les agents des Forces de Défense et de Sécurité. Rien n’indique si ces derniers disposent d’un dispositif de collecte encadré, ou si les montants encaissés sur le terrain reposent uniquement sur une remontée déclarative.
La question du Trésor Public reste entière. Aucun élément du communiqué ne précise si les sommes perçues seront reversées à la SEEG, à la Gabonaise des Eaux nouvellement créée dans le cadre de la restructuration, ou directement au budget de l’Etat via une procédure de recette exceptionnelle. Cette absence de clarté intervient dans un contexte où la loi de finances rectificative 2026 impose déjà une contraction budgétaire significative, et où toute recette non identifiée avec précision echappe de fait au contrôle parlementaire et à la Cour des Comptes.
Se pose également la question du contrôle a posteriori. Combien de véhicules seront mobilisés quotidiennement, quel volume d’eau sera distribué, quelle recette totale est attendue sur la durée de l’état d’urgence hydrique, autant d’éléments qui ne figurent pas dans le communiqué et qui conditionnent pourtant la possibilité même d’un audit ultérieur. Sans mécanisme de traçabilité rendu public, la nouvelle mercuriale, aussi légitime soit-elle dans son principe de lutte contre la fraude, reproduit un risque structurel proche de celui qu’elle prétend combattre.
Le gouvernement a indiqué que des mesures de faisabilité s’ajusteraient de manière progressive. Cette formulation, si elle traduit une volonté d’adaptation, ne dispense pas les autorités actuelles de préciser, dès à présent, le circuit exact de reversement des fonds collectés, seule garantie que l’état d’urgence hydrique ne se transforme pas en zone grise budgétaire.














