Deux agences de notation, deux diagnostics publiés à six mois d’intervalle, une même conclusion. Moody’s Ratings a révisé hier, 24 juin 2026, la perspective de la note souveraine du Gabon de stable à négative, tout en maintenant la note Caa2. Fitch avait, de son côté, dégradé la note du pays à CCC- en décembre 2025, en posant explicitement que son scénario de base excluait tout nouveau programme avec le Fonds monétaire international. Les deux agences ne se contentent pas de formuler un jugement : elles documentent, chiffres à l’appui, un ensemble de raisons structurelles qui rendent un accord rapide avec le FMI improbable, indépendamment des signaux politiques envoyés depuis Libreville depuis le début de l’année.
La première raison est arithmétique : les arriérés. Entre décembre 2024 et septembre 2025, les arriérés du Gabon envers les créanciers officiels ont augmenté de 0,7 % du PIB selon Fitch. Les arriérés intérieurs envers les fournisseurs atteignent pour leur part 13,2 % du PIB fin 2024 et auraient continué d’augmenter en 2025. Ces arriérés extérieurs compromettent directement l’accès à de nouveaux financements officiels significatifs, précise Fitch. C’est un cercle vicieux. Un programme FMI suppose que le pays puisse in fine rembourser le Fonds, ce qui exige d’abord d’assainir les arriérés existants. Une condition que Libreville ne remplit pas encore.
La deuxième raison tient à la trajectoire de la dette et du déficit. Fitch projette une dette publique à 80,4 % du PIB en 2025, 85,5 % en 2026 et 86,7 % en 2027, soit des niveaux significativement au-dessus de la médiane de 66 % observée pour les pays de même catégorie de notation. Moody’s, dans sa décision d’il y a deux semaines, projette de son côté une dette atteignant près de 88 % du PIB sur l’horizon considéré, avec des déficits budgétaires estimés à 8,5 % du PIB en 2025, 6,5 % en 2026 et 4,5 % en 2027. Le ratio intérêts-sur-recettes devrait progresser de 17 % en 2025 à 19 % en 2027.
La troisième raison est politique. Fitch la formule sans détour : tout nouveau programme nécessiterait des changements de politique drastiques et impopulaires dans un environnement politique encore volatile. L’agence attribue au Gabon un score de pertinence ESG de 5 sur la stabilité politique et la qualité institutionnelle, soit le score le plus élevé dans l’échelle de risque, reflétant l’absence d’un historique récent de transitions politiques pacifiques et une gouvernance publique jugée structurellement fragile.
Moody’s ajoute une dimension supplémentaire : un audit de la dette publique en cours, susceptible de faire remonter des passifs jusqu’ici non déclarés, augmente la probabilité que le gouvernement soit amené à procéder à de nouveaux échanges de dette susceptibles d’être qualifiés de défaut. L’accès au marché régional se dégrade également : depuis la fin du traitement préférentiel accordé par le régulateur bancaire COBAC, plusieurs adjudications de bons du Trésor gabonais en 2025 ont affiché des ratios de couverture inférieurs à 50 %.
Face à ce tableau, les besoins de financement bruts du Gabon sont estimés par Moody’s entre 15 et 20 % du PIB par an sur les trois prochaines années, soit jusqu’en 2029. Ce chiffre illustre l’ampleur du défi à résoudre avant qu’un programme FMI puisse être soumis au Conseil d’administration dans des conditions recevables. Les autorités gabonaises ont engagé des réformes réelles depuis janvier 2026 avec le lancement du SIGFiP, demande officielle de programme soumise le 11 mars et les deux agences ne les ignorent pas. Mais pour Fitch comme pour Moody’s, ces avancées restent insuffisantes.














