Gabon : les bassins versants, ce silence qui coûte cher à la voirie urbaine

Lors de son audition du 12 juin devant la Commission des Finances de l’Assemblée nationale, le ministre des Travaux publics et de la Construction, Edgard Moukoumbi, a été interpellé par les députés sur l’état des travaux relatifs aux bassins versants, aux côtés de la dégradation de la route nationale 1. Cette mention, brève dans les échanges, renvoie pourtant à l’un des maillons les plus déterminants et les moins visibles de la durabilité routière au Gabon : la gestion de l’écoulement des eaux à l’échelle d’un bassin, en amont même de la chaussée.

Un bassin versant mal aménagé ou dont les ouvrages de régulation sont absents ne se contente pas de fragiliser une portion de route localement : il redirige des volumes d’eau importants vers des points bas, souvent des axes urbains à fort trafic, lors des épisodes pluvieux. L’axe PK11-Hôpital régional de l’Estuaire, actuellement en réhabilitation, se situe précisément dans une zone où ce type de contrainte hydrologique s’ajoute aux dégradations déjà connues, sans qu’aucune information publique ne permette de savoir si les travaux d’assainissement du bassin versant environnant ont été intégrés à cette phase de réhabilitation.

Cette absence de visibilité illustre un problème de fond : les chantiers de voirie urbaine sont généralement pensés et communiqués à l’échelle de la chaussée elle-même, chaussée, trottoirs, drainage de surface, alors que la cause structurelle de nombreuses dégradations se situe en amont, à l’échelle du bassin versant. Traiter une route sans agir sur le bassin qui l’alimente en eaux de ruissellement revient à traiter un symptôme sans s’attaquer à la cause.

Le ministre a par ailleurs confirmé que la Mission 71 « Entretien du patrimoine routier de l’État » reste l’un des programmes concernés par les arbitrages budgétaires du PLFR 2026, sans détailler la part réservée aux ouvrages hydrauliques et d’assainissement en amont des chaussées. Cette zone d’ombre budgétaire rejoint la zone d’ombre technique observée sur le terrain.

Tant que les travaux de voirie urbaine continueront d’être conçus indépendamment de la gestion des bassins versants qui les alimentent, les axes réhabilités, PK11 comme d’autres, resteront exposés au même cycle de dégradation rapide dès les premières fortes pluies. 

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