Gabon : le Compte Unique du Trésor, toujours pas opérationnel deux ans après l’échéance

Le plan stratégique 2024-2026 de la DGCPT fixait à décembre 2024 l’achèvement de l’opérationnalisation du Compte unique du Trésor (CUT), une action confiée à l’Agence comptable centrale du Trésor avec le concours de l’Agence bancaire du Trésor. Le CUT, en tant qu’instrument de centralisation des liquidités publiques, conditionne directement la capacité de l’État à connaître, en temps réel, l’ensemble de ses disponibilités et à les mobiliser de manière fongible entre administrations. Deux ans après cette échéance, en juillet 2026, aucune communication officielle de la DGCPT ne confirme la finalisation de ce chantier.

Les éléments disponibles laissent penser que le processus reste inachevé. Le rapport d’assistance technique du FMI, rédigé à la suite d’une mission menée à Libreville du 5 au 16 mai 2025, mentionne l’avancement vers l’opérationnalisation complète du CUT parmi les réformes initiales lancées par les autorités gabonaises, aux côtés de l’intégration des dépenses extrabudgétaires. L’emploi du terme « avancement » plutôt que « achèvement », quinze mois après l’échéance fixée par la DGCPT elle-même, suggère que le Trésor gabonais continue de travailler sur ce chantier sans en avoir formellement bouclé la mise en œuvre.

Ce retard n’est pas neutre sur le plan des conséquences pratiques. L’audit de la dette publique lancé fin avril 2026, portant sur la période 2016-2023, cite explicitement l’absence de transfert de certains fonds vers les comptes du Trésor public comme l’un des manquements constatés. Un CUT pleinement fonctionnel, en centralisant automatiquement l’ensemble des flux financiers publics, aurait pu limiter ce type de dérive en rendant plus difficile la rétention de fonds en dehors du circuit du Trésor. Le retard dans sa mise en œuvre a donc potentiellement contribué, indirectement, à l’opacité que l’audit cherche aujourd’hui à corriger a posteriori.

L’histoire du CUT au Gabon est en réalité ancienne et déjà marquée par des retards récurrents. Des évaluations antérieures, notamment le rapport PEFA de 2017 sur la gestion des finances publiques gabonaises, évoquaient déjà la centralisation de la trésorerie au sein d’un compte unique du Trésor comme un axe de réforme engagé, mais freiné par des cloisonnements et des inefficiences persistantes. Près d’une décennie plus tard, le plan stratégique 2024-2026 reprend cette même ambition avec une nouvelle échéance, ce qui illustre la difficulté structurelle de l’administration gabonaise à mener ce chantier à son terme, indépendamment des équipes ou des plans stratégiques qui se succèdent.

Le contexte budgétaire actuel rend cette question d’autant plus pressante. Le service de la dette absorbait 42,6% des recettes publiques en 2024 selon la Banque mondiale, et les tensions de trésorerie de l’exercice en cours coûteraient, selon les chiffres avancés par le député Jean Gaspard Ntoutoume Ayi fin juin 2026, près de 100 milliards de fcfa en intérêts et frais bancaires. Un CUT opérationnel, en optimisant la gestion quotidienne des liquidités disponibles et en réduisant le recours à des financements bancaires ponctuels coûteux, représenterait un levier d’économie budgétaire direct. Sa non-finalisation, deux ans après l’échéance initiale, a donc un coût qui dépasse la seule question de la modernisation administrative.

le coup de coeur

Derniers Articles

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

spot_img
spot_img
spot_img
spot_img
spot_img
spot_img
spot_img
spot_img
spot_img
spot_img