Une délégation de haut niveau de la Commission de la CEEAC a séjourné à Libreville le 3 juillet 2026, officiellement pour présenter le nouveau Président de la Commission, l’Ambassadeur Dr Ezéchiel Nibigira. Mais le communiqué officiel laisse peu de doute sur l’objet réel de cette tournée : conduite par Rosario Mbasogo Kung, Ministre équato-guinéenne de l’Intégration et Présidente en exercice du Conseil des Ministres, la mission vise avant tout à pousser les États membres à régulariser leurs contributions à la Contribution Communautaire d’Intégration (CCI), dont plusieurs pays accusent des arriérés. Le terme “d’apurement progressif des contributions en souffrance », employé noir sur blanc par le ministère gabonais, confirme l’ampleur du problème financier qui traverse l’organisation régionale.
Reçue par le Ministre délégué au Budget, Marc Abeghe, en l’absence du titulaire Thierry Minko, la délégation a longuement salué la régularité du Gabon dans le versement de sa CCI, faisant du pays l’un des rares élèves modèles de la zone. Un satisfecit qui, en creux, éclaire la situation des autres membres : si Libreville mérite une mention spéciale, c’est bien que la norme régionale est ailleurs, du côté des retards et des impayés. Aucun chiffre n’a toutefois été communiqué, ni sur le montant des contributions honorées par le Gabon, ni sur le taux d’arriérés accumulés par les autres pays de la Communauté.
Cette tournée circulaire, décidée par la Conférence des Chefs d’État et de Gouvernement de la CEEAC, traduit une urgence institutionnelle. Une organisation régionale qui doit mobiliser sa Présidente en exercice du Conseil des Ministres pour aller collecter des créances auprès de ses propres membres révèle une fragilité structurelle de son financement, plus qu’un simple exercice protocolaire. Le nouveau Président de la Commission, présenté à cette occasion, hérite ainsi d’emblée d’un dossier de trésorerie communautaire sous tension.
À Libreville, l’exercice coûte peu et rapporte gros en image. Aucun chiffre, aucun engagement nouveau, mais un satisfecit en or pour la diplomatie gabonaise. Reste à savoir si ce statut de bon élève tient à une réalité comptable solide, ou s’il n’est qu’un argument de circonstance pour faire pression sur les autres membres de la CEEAC.














