Gabon : la DGEPF pilote-t-elle l’économie avec six mois de retard ?

Six mois. C’est le temps qui sépare la dernière note de conjoncture publiée par la Direction Générale de l’Économie et de la Politique Fiscale, celle de décembre 2025, du jour où ces lignes sont écrites. Pendant ce temps, le pays a adopté un collectif budgétaire ramenant les dépenses de 6 358,9 à 5 495,2 milliards de fcfa, la crise de l’eau à la SEEG a atteint un stade d’urgence justifiant une distribution militaire, et les agences de notation ont dégradé la signature souveraine. Autant d’événements majeurs sur lesquels l’organe censé produire l’analyse conjoncturelle officielle est resté silencieux.

La mission de la DGEPF n’est pourtant pas ambiguë. Elle doit étudier les grandeurs macroéconomiques, analyser l’impact du budget de l’État et élaborer les prévisions économiques qui viennent nourrir le Rapport Économique et Financier annexé aux lois de finances. Une note trimestrielle qui accuse plus d’un trimestre de retard ne relève pas d’un simple contretemps administratif. Elle prive les décideurs publics, les opérateurs économiques et les partenaires techniques et financiers d’un outil de pilotage au moment précis où l’exécution du premier trimestre 2026 aurait dû être scrutée à la loupe.

Le silence n’est pas une surprise isolée. Le Fonds Monétaire International a confirmé dans une note d’analyse récente sur le Gabon que la DGEPF joue un rôle central dans la préparation des prévisions économiques, et que ce service est responsable des projections macroéconomiques utilisées pour orienter les politiques publiques et la préparation du budget national. Mais le même rapport souligne que les outils de prévision actuels sont obsolètes et ne permettent pas de répondre efficacement aux défis macroéconomiques du pays. Autrement dit, l’institution qui doit éclairer la décision budgétaire fonctionne avec un instrument que ses propres partenaires jugent dépassé. Le retard de publication n’est peut-être que le symptôme visible d’une panne plus profonde.

Reste une question que les autorités actuelles devront trancher publiquement. Les données trimestrielles existent-elles en interne, calculées mais non diffusées pour des raisons politiques ou de prudence budgétaire en pleine tension sur les critères de convergence CEMAC ? Ou la chaîne de production elle-même s’est-elle grippée, faute de moyens humains, techniques ou d’arbitrage au sommet de l’État ? Dans les deux cas, le gouvernement ajuste sa politique budgétaire, négocie avec le FMI et arbitre entre ministères sans que la note censée objectiver ces choix ne soit rendue publique.

Un accompagnement du FMI pour moderniser le modèle macroéconomique de la DGEPF est en cours. Mais la modernisation d’un outil ne dispense pas de publier ce que l’ancien outil produit encore. Tant que le premier trimestre 2026 restera sans note de conjoncture, la question demeurera entière : le Gabon dispose-t-il réellement d’une boussole économique en temps réel, ou navigue-t-il à vue pendant que les chiffres officiels dorment dans un tiroir.

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