Gabon : gestion du patrimoine public, un chantier encore flou à la DGCPT

Le premier axe du plan stratégique 2024-2026 de la DGCPT, consacré à la valorisation du capital humain et à la gestion efficiente des moyens, comporte un volet patrimoine dont l’ambition affichée contraste avec le flou des outils prévus pour la mettre en œuvre. Quatre fiches actions distinctes portent sur la définition de règles de gestion applicables au matériel roulant, au patrimoine immobilier, au mobilier de bureau et aux équipements informatiques, toutes avec la même échéance de juin 2024 et le même livrable attendu : de simples notes de service.

Le recensement du patrimoine existant, confié à la Direction du patrimoine et des moyens (DPM) avec la participation de « tous services », n’était lui-même prévu que pour décembre 2024, soit près d’un an après le lancement du plan. Cette chronologie interroge : comment la DGCPT pouvait-elle prétendre définir des règles de gestion du patrimoine dès juin 2024, six mois avant même de disposer d’un inventaire exhaustif de ce patrimoine ? L’ordre logique des actions semble inversé, ce qui questionne la solidité méthodologique de ce chantier.

Le renouvellement du parc automobile et la réhabilitation des postes comptables, deux actions à échéance décembre 2026, ne sont assortis que d’un indicateur de taux de renouvellement rapportant le nombre de véhicules acquis au nombre à acquérir, sans qu’aucun objectif chiffré ne soit précisé dans le document rendu public. Sans cible numérique explicite, cet indicateur ne permet pas d’évaluer objectivement, de l’extérieur, si la DGCPT progresse réellement ou se contente d’un renouvellement symbolique et minimal.

Sur le plan des procédures internes, les fiches actions relatives à la rédaction des règles de gestion du patrimoine mobilier et immobilier, pilotées elles aussi par la DPM avec le concours de l’Inspection des services, prévoyaient un manuel de procédures pour juin 2024. Aucun de ces documents n’a fait l’objet d’une publication ou d’une communication publique connue à ce jour, ce qui empêche toute vérification indépendante de leur existence effective et de leur application sur le terrain.

Ce flou méthodologique sur la gestion du patrimoine s’inscrit dans un contexte où la gouvernance des achats publics gabonais fait par ailleurs l’objet d’un examen renforcé, notamment à travers les dossiers de marchés attribués en entente directe. Tant que la DGCPT ne rend pas publics des indicateurs chiffrés et vérifiables sur le renouvellement de ses propres équipements et véhicules, la question de la traçabilité de ses achats et de son patrimoine mobilier restera posée, y compris pour une administration dont la mission première est justement de garantir la rigueur comptable de l’État.

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