Gabon : les entreprises et les jeunes ne se trouvent pas sur le marché du travail, on vous dit pourquoi 

Le marché de l’emploi gabonais souffre d’un défaut d’appariement que le RNDH-2026 (Rapport National sur le Développement Humain publié par le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) et ses partenaires institutionnels) documente noir sur blanc : les circuits par lesquels les jeunes cherchent un emploi ne sont pas ceux par lesquels les entreprises recrutent. Les employeurs privilégient massivement la candidature spontanée, tandis que les jeunes misent d’abord sur le réseau personnel et la visite directe. Le Pôle National de Promotion de l’Emploi (PNPE), pourtant conçu comme l’interface officielle entre l’offre et la demande, ne représente qu’environ 20% des canaux effectivement utilisés par les jeunes en recherche d’emploi.

Cette asymétrie d’information a un coût direct que le rapport qualifie de « risque de sélection adverse » pour les entreprises : faute de visibilité sur les compétences réelles des candidats, notamment celles acquises hors des circuits formels, les employeurs peinent à évaluer les profils qui se présentent à eux. Du côté des jeunes, le manque de visibilité sur les postes réellement vacants et les conditions de rémunération allonge et renchérit la recherche d’emploi.

Le rapport chiffre également les difficultés de recrutement du côté des entreprises : 25,5% d’entre elles évoquent un manque de profils qualifiés, 17% une inadéquation de la formation reçue par les candidats. À l’inverse, seulement 4,3% des entreprises citent la fiscalité comme frein au recrutement, ce qui invite à relativiser un débat souvent focalisé sur la pression fiscale plutôt que sur le déficit de compétences.

Plus révélateur encore, 55,3% des entreprises interrogées déclarent n’avoir « aucun lien » avec les institutions publiques en charge de l’emploi. Ce chiffre, presque passé inaperçu dans le corps du rapport, signale un isolement massif du tissu productif vis-à-vis de l’appareil d’État censé faciliter l’insertion professionnelle des jeunes.

Ce gap d’intermédiation, documenté mais non résolu par le rapport, ouvre un espace pour des solutions privées de mise en relation emploi, sur le modèle des plateformes digitales de matching déjà expérimentées dans d’autres marchés africains. Tant que l’appareil public d’intermédiation restera marginal dans les pratiques réelles des jeunes et des entreprises, ce vide continuera d’être comblé par des canaux informels, moins traçables et plus coûteux pour les deux parties.

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