L’inauguration du premier data center gabonais s’inscrit dans une accélération régionale prometteuse, où trois pays de la CEMAC avancent quasi simultanément sur le terrain de la souveraineté numérique. Le Congo-Brazzaville attend la mise en service de son datacenter national d’ici mai 2026, un projet accompagné de 600 kilomètres de fibre optique reliant le Cameroun et la Centrafrique. Le Cameroun dispose déjà de deux sites recensés, dont celui de Camtel. Le Gabon vient compléter ce trio, un signal fort pour une sous-région longtemps restée en retrait de la révolution numérique continentale.
Fait notable, c’est le même opérateur, ST Digital, qui accompagne les inaugurations gabonaise et ivoirienne, tout en étant déjà présent au Cameroun, au Togo, au Bénin, au Congo et en RDC. Cette présence transversale traduit une dynamique d’investissement cohérente à l’échelle du continent, où un acteur maîtrisant les standards internationaux se déploie marché par marché, offrant à chaque État la possibilité de bénéficier d’une expertise déjà éprouvée ailleurs plutôt que de partir de zéro.
Sur le plan technique, chaque pays construit sa brique : le Gabon avec une certification Tier III, le Congo avec une infrastructure de trois niveaux dotée de salles serveurs et de supervision dédiées, le Cameroun en capitalisant sur l’infrastructure historique de Camtel. Si la CEMAC reste encore absente du Top 10 africain des pays les mieux équipés, un classement dominé par l’Afrique du Sud, le Kenya, le Nigeria, le Maroc et la Côte d’Ivoire, la marche engagée par trois de ses six États membres en 2026 constitue une base solide pour combler cet écart dans les prochaines années.
Cette montée en puissance infrastructurelle trouve un écho naturel dans l’architecture financière régionale déjà existante. La CEMAC dispose en effet d’un instrument de centralisation des données bancaires opérationnel, le Bureau d’information sur le crédit (BIC-Cemac), désormais déployé au Cameroun, au Tchad et au Congo. L’arrivée de capacités d’hébergement souverain dans plusieurs capitales de la zone ouvre la perspective d’un rapatriement progressif de ces données financières stratégiques, renforçant à terme l’autonomie de l’écosystème bancaire régional.
Reste le chantier énergétique, identifié à l’échelle continentale comme le principal levier à sécuriser pour soutenir la croissance des data centers. C’est précisément là que la zone CEMAC, riche en potentiel hydroélectrique et en projets énergétiques structurants comme celui de Booué au Gabon, dispose d’un atout à faire valoir. Une coordination énergétique sous-régionale, associée à la dynamique numérique déjà enclenchée, pourrait transformer cette contrainte apparente en avantage comparatif pour attirer davantage d’investissements et positionner la CEMAC comme le prochain hub numérique de l’Afrique centrale.














