Gabon : Rougier et Woodbois face à une filière bois en crise profonde

Les chiffres de Rougier pour 2025 sont sans appel. Le chiffre d’affaires consolidé s’établit à 75 millions d’euros, en recul de 21,5% par rapport à 2024. Au Gabon spécifiquement, ce chiffre d’affaires a chuté de 23,9%, conséquence d’un arrêt temporaire de 31 jours ouvrés des activités forestières et industrielles dû à des interruptions administratives, dans un cadre réglementaire strict et sans recours. Le résultat net consolidé ressort en perte de 12,7 millions d’euros, contre un bénéfice de 3,9 millions d’euros en 2024. Un groupe qui bascule dans le rouge en un an. Ce n’est pas une mauvaise passe mais c’est un avertissement.

Les facteurs exogènes n’expliquent pas tout. La DGEPF documente une chute de 23,7% de l’indice de production des industries du bois gabonais sur l’ensemble de 2025, un effondrement qui précède et dépasse les seules interruptions administratives subies par Rougier. La crise immobilière en Chine, premier client mondial du bois tropical gabonais, réduit la demande. Le pin brésilien, proposé à moitié prix de l’Okoumé, capte une part croissante des marchés d’exportation. Et les coupures d’électricité perturbent les cycles de production des usines de transformation. Trois maux distincts, un seul secteur sinistré.

Rougier a néanmoins obtenu en septembre 2025 la certification FSC pour l’ensemble de ses concessions et unités industrielles, assurant ainsi sa conformité avec le Règlement européen sur la déforestation applicable depuis fin 2025. C’est une carte stratégique réelle sur les marchés européens qui exigent désormais une traçabilité totale. Mais la certification ne compense pas le différentiel de prix avec le pin brésilien. Les acheteurs apprécient la durabilité, pas à n’importe quel surcoût.

Woodbois, l’autre opérateur coté actif dans la forêt gabonaise avec une capitalisation de 14 millions d’euros seulement, navigue dans les mêmes eaux agitées avec des moyens encore plus limités. La combinaison d’une demande mondiale atone, d’une concurrence accrue et de contraintes énergétiques structurelles crée un environnement où les petits opérateurs sont les premiers à souffrir. Au quatrième trimestre 2025, la production de grumes au Gabon a chuté de 40,3%, en partie à cause de la saison des pluies et du manque de wagons sur le réseau ferroviaire.

Pour 2026, Rougier mise sur une normalisation progressive de ses conditions d’exploitation au Gabon, notamment grâce aux investissements prévus dans l’usine de Franceville. Un retour à la normale est possible mais il reste tributaire d’un environnement administratif, énergétique et concurrentiel qui n’a pas fondamentalement changé. Sans solution structurelle sur ces trois fronts, le rebond de 2026 risque d’être aussi fragile que l’embellie du troisième trimestre 2025 qui avait elle-même été effacée par le désastre du quatrième.

le coup de coeur

Derniers Articles

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

spot_img
spot_img
spot_img
spot_img
spot_img
spot_img
spot_img
spot_img
spot_img
spot_img