Gabon : les 55 véhicules saisis puis relâchés, la preuve que l’État a réprimé ce dont il avait besoin?

Le 1er juillet, l’État gabonais annonçait la saisie conservatoire de 55 véhicules identifiés dans ce qu’il qualifiait de vaste trafic illicite d’eau potable. Le communiqué officiel pointait un réseau organisé autour d’agents de la SEEG, de sous-traitance et de prête-noms, présenté comme la cause du dysfonctionnement de la distribution. Quarante-huit heures plus tard, ces mêmes véhicules étaient réintégrés dans le dispositif officiel, à l’issue d’une rencontre au Palais des Sports présidée par le chef de l’État lui-même.

Ce retournement mérite d’être lu pour ce qu’il révèle, et non pour ce qu’il corrige en surface. La filière que l’exécutif présentait comme un problème à démanteler s’est avérée, dans les faits, la seule infrastructure de distribution encore réellement opérationnelle sur le terrain. En la bloquant, l’État n’a pas supprimé une fraude, il a interrompu, pendant deux jours, le canal qui permettait encore à une partie de la population d’accéder à l’eau.

Le narratif accusatoire initial mérite d’être interrogé. Le communiqué du 1er juillet évoquait des agents SEEG impliqués dans des mécanismes de sous-traitance et de groupements d’intérêts économiques illégaux, une charge institutionnelle grave et sans nom propre. Aucune suite judiciaire n’a été rendue publique depuis. La question posée devient alors celle-ci : ces opérateurs relevaient-ils réellement d’un trafic à démanteler, ou comblaient-ils, avec les moyens disponibles, un vide que la SEEG ne parvenait plus à couvrir seule ?

La réintégration des véhicules sous encadrement officiel change la nature de l’exercice. Ce n’est plus une répression suivie d’une solution alternative, mais la même filière, désormais placée sous tutelle des Forces de Défense et de Sécurité, avec une grille tarifaire imposée. L’acte de saisie du 1er juillet apparaît alors moins comme une décision de fond que comme un geste de communication, destiné à démontrer une fermeté que le dispositif suivant a immédiatement dû nuancer.

Cet épisode s’inscrit dans une séquence de décisions prises et corrigées en quelques jours, sur un dossier qui touche directement au droit fondamental d’accès à l’eau garanti par l’article 37 de la Constitution. Il pose une question qui dépasse le seul cas des 55 véhicules : celle de la fiabilité du diagnostic sur lequel l’exécutif fonde ses mesures d’urgence, avant même de les avoir testées sur le terrain.

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