Une phrase, presque anodine dans son économie de mots, mérite d’être isolée du corps du RNDH-2026 : le rapport y qualifie l’économie informelle de « filet social indispensable », tout en précisant qu’elle demeure « synonyme de précarité ». Cette double formulation, en apparence descriptive, revient à admettre que la protection sociale d’une majorité de travailleurs gabonais repose aujourd’hui sur un secteur que l’État ne régule ni ne protège formellement.
Le rapport chiffre l’ampleur du phénomène : plus de 50% de la population active gabonaise évolue dans l’économie informelle. Les métiers cités en exemple, tâcheron dans le bâtiment, maçon payé à la tâche sans contrat ni assurance, fabricant de parpaings en bord de route, illustrent une réalité de travail sans filet juridique, sans cotisation sociale et sans aucune couverture en cas d’accident ou de maladie.
Le rapport reconnaît lui-même que l’absence de contrat, d’assurance et de protection sociale expose les travailleurs informels, et en particulier les jeunes, à une vulnérabilité économique majeure. Ce n’est donc pas une critique extérieure portée sur le système gabonais, mais un constat assumé à l’intérieur même du document produit sous l’égide des autorités et du PNUD.
Le rapport propose, en creux, une piste de sortie : reconnaître que le secteur informel n’est pas un bloc homogène, et que certains segments, artisanat, petit commerce, pourraient bénéficier de programmes ciblés de microcrédit ou de structuration en coopératives, pour amorcer une bascule progressive vers le secteur formel. Une proposition qui reste, à ce jour, au milieu du chemin entre le diagnostic et la mise en œuvre concrète.
Ce que révèle en creux ce chapitre du rapport, c’est l’absence d’un filet de protection sociale universel qui ne dépendrait pas du statut d’emploi. Tant que cette question restera posée en ces termes, l’informel continuera de jouer, par défaut et non par choix politique assumé, le rôle d’amortisseur social que l’État n’a pas structuré autrement.














