Gabon : 2 millions de fcfa le mètre linéaire et plus de 2 milliards le km, le prix fort de la route Sablière-Cité des Ailes

Le Ministère des Travaux Publics a approuvé, le 9 janvier 2025, un marché de réhabilitation et d’aménagement de la route Sablière-Cité des Ailes, à Libreville, pour un montant de 2 005 637 900 fcfa. L’entreprise SBTR en est l’attributaire, sur un linéaire de seulement 1000 mètres, ce qui place ce dossier parmi les marchés de voirie urbaine les plus onéreux rapportés récemment dans la capitale gabonaise. Le financement est adossé au budget 2024-2025 et relève de l’autorité contractante du Ministre des Travaux Publics.

Rapporté à sa longueur, ce marché revient à environ 2 005 638 fcfa le mètre linéaire, soit plus de 2 milliards de fcfa au kilomètre. Un tel ratio interpelle pour un axe urbain de desserte, en l’absence de précisions publiques sur la nature exacte des travaux engagés : reprise de chaussée, ouvrages de drainage, terrassements lourds ou reconstruction complète de la plateforme routière. Ce niveau de prix, extrapolé à l’échelle kilométrique, situe ce chantier bien au-dessus des références habituellement observées pour ce type d’intervention en zone urbaine, où le coût dépend fortement de la nature du sol, de la présence de réseaux enterrés et de l’ampleur des reprises de structure.

Ce marché a par ailleurs été attribué en entente directe, un mode de passation qui écarte la mise en concurrence et qui revient régulièrement dans les dossiers de commande publique gabonaise scrutés ces derniers mois, aux côtés d’autres attributions similaires déjà documentées dans le secteur des travaux publics. Ce recours répété à l’entente directe, y compris pour des chantiers de dimension modeste comme celui-ci, alimente les interrogations sur la transparence de la formation des prix et sur les mécanismes de contrôle exercés en amont de l’approbation budgétaire.

La question du coût unitaire des infrastructures routières à Libreville mérite donc un suivi resserré, notamment au regard des standards régionaux de construction et de réhabilitation voirie. Il s’agit d’établir si ce niveau de prix reflète une réalité technique particulière, propre à ce tronçon, ou traduit une problématique plus large de formation des coûts dans le cadre des marchés attribués en entente directe, un mode de passation qui limite la comparabilité des offres et la vérification indépendante des devis engagés.

Ce contraste interroge davantage lorsqu’on le met en perspective avec d’autres corridors de la capitale. Le tronçon reliant le PK11 au PK11 via le BRC, axe de désenclavement pourtant stratégique pour la circulation dans cette zone de Libreville, ne bénéficie pas de largesses budgétaires comparables. Aucun financement d’ampleur équivalente n’y est pour l’heure recensé, ni même aucun financement tout court, posant la question des critères d’arbitrage retenus par le Ministère des Travaux Publics entre axes résidentiels et corridors structurants de désenclavement urbain.

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