C’est le grand écart permanent de la politique économique gabonaise. D’un côté, le gouvernement serre la vis à ses fonctionnaires avec une masse salariale en léger recul de 1,1 milliard de fcfa pour s’établir à 958,6 milliards de fcfa grâce au nettoyage du fichier des agents publics. De l’autre, l’exécutif lâche les cordons de la bourse pour financer des subventions massives afin d’éviter la grogne populaire.
Au rayon des dépenses de fonctionnement courant, les biens et services enregistrent une hausse spectaculaire de 146,7 milliards de fcfa pour atteindre 562,4 milliards de fcfa. Une inflation comptable portée notamment par la réévaluation obligatoire des remboursements de TVA à hauteur de 69,8 milliards de fcfa, une mesure indispensable pour redonner un peu d’air aux entreprises locales étouffées par les retards de paiement.
Du côté des interventions de l’État, les dépenses de transferts affichent une baisse globale en trompe-l’œil de 1,8 milliard de fcfa. En réalité, cette réduction cache un arbitrage politique très net : le gouvernement a décidé de couper dans les budgets de fonctionnement de plusieurs institutions pour concentrer l’argent disponible sur les subventions aux produits de grande consommation.
Le grand gagnant de cet arbitrage social est le secteur des hydrocarbures, qui voit son enveloppe de soutien aux prix des produits pétroliers gonfler de 43,2 milliards de fcfa. Pour éviter l’explosion du panier de la ménagère, l’État ajoute également 2 milliards de fcfa pour bloquer le prix de la farine de blé et 2,3 milliards de fcfa pour subventionner le carburant destiné à la pêche industrielle.
Cette stratégie de subventions à tout va montre que le pouvoir privilégie la stabilité de la rue aux dogmes de l’orthodoxie financière. En maintenant artificiellement bas les prix à la pompe et les produits de première nécessité, l’exécutif s’achète une tranquillité sociale indispensable en cette période de transition. Reste à savoir jusqu’à quand ce modèle de perfusion financière sera toléré par les inspecteurs du FMI.














