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Gabon : janvier 2026, la rencontre qui devait arbitrer et qui a radicalisé la base enseignante

le coup de coeur

Au cœur du mois de janvier 2026, alors que la grève des enseignants paralyse durablement le système éducatif, une rencontre informelle est organisée entre le président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguéma, et des membres de SOS Éducation en présence notamment de la ministre de tutelle Camélia Ntoutoume Leclercq. Présentée aux enseignants comme une initiative du chef de l’État en vue d’un arbitrage définitif, cette audience devait marquer un tournant. Elle s’inscrivait dans un contexte de tensions extrêmes, de rejet des compromis partiels et d’exigence croissante de la base pour un règlement global des situations administratives. L’enjeu était donc de sortir de l’impasse par le sommet. Découvrez les coulisses de cette rencontre dans notre mini-dossier à travers cette serie de 7 articles, dont les six suivants sont accessibles via un abonnement payant.

Dès l’amont, pourtant, un malentendu lourd de conséquences se met en place. Selon des témoignages concordants de participants, les enseignants ont été mobilisés sur la base de l’idée que le président souhaitait les entendre directement. Or, une fois sur le parvis de la Présidence, ils découvrent une autre version : le chef de l’État aurait été informé que ce sont les enseignants qui sollicitaient l’audience. Ce renversement du récit, attribué par plusieurs sources à Pierre Mintsa, inverse d’emblée le rapport de force. L’arbitrage attendu se transforme en convocation implicite.

La séquence d’attente qui s’ensuit accentue ce déséquilibre. Arrivés aux environs de 15 heures, les enseignants patientent pendant près de cinq heures, jusqu’à un peu après 20 heures, avant d’être reçus dans l’une des salles de la Présidence. Cette attente prolongée, sans communication claire, est vécue par beaucoup comme une mise en condition symbolique. Elle renforce l’impression que la rencontre ne se déroule pas sur un pied d’égalité, mais dans une logique de verticalité assumée.

Autre élément de rupture : la présence, sur les lieux, de figures extérieures au mouvement. Les enseignants rapportent avoir croisé, dissimulés dans des véhicules, plusieurs personnalités de la société civile et anciens syndicalistes, dont Fridolin Mve Messa et Georges Mpaga. Cette découverte provoque incompréhension et suspicion. Pour la base, ces présences non annoncées traduisent une tentative de recomposition artificielle du cadre du dialogue, voire de dilution de la parole enseignante dans un dispositif élargi, perçu comme peu légitime.

Lorsque la rencontre débute enfin, le contenu des échanges achève de dissiper les attentes. D’après les témoignages recueillis, le président tient l’essentiel de la parole dans ce qui est décrit comme un long monologue, davantage centré sur les contraintes de l’État que sur les revendications du cahier de charges. Les difficultés financières du pays sont longuement évoquées, notamment le rachat d’Assala Energy, présenté comme ayant mobilisé des centaines de milliards de fcfa. Mais aucune solution concrète, immédiate et définitive n’est annoncée concernant les régularisations administratives des enseignants.

La séquence se conclut par une phrase rapportée comme un point de non-retour. Le chef de l’État aurait indiqué qu’une année blanche ne le dérangerait pas, allant jusqu’à suggérer que les ressources non versées aux enseignants pourraient être utilisées pour construire des écoles durant cette période. Pour la base enseignante, cette déclaration agit comme une rupture symbolique majeure : elle consacre l’idée que le sacrifice de l’année scolaire et donc des élèves est considéré comme une option acceptable dans l’arbitrage politique.

À la sortie de la rencontre, une certitude s’est imposée parmi les enseignants les plus mobilisés : loin d’apaiser la crise, cette audience l’a radicalisée. En rencontrant prioritairement les composantes modérées de SOS Éducation, qui avaient récemment annoncé la fin du mouvement, tout en s’adressant à une base déjà défiante, le pouvoir a sous-estimé la profondeur du malaise. Janvier 2026 apparaît ainsi comme un moment charnière : celui où le dialogue social cède la place à une confrontation ouverte, et où la crise éducative bascule définitivement du registre sectoriel au registre politique.

Suite du dossier ici 👇🏾

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