Gabon : Fridolin Mve Messa and Co, les invités invisibles, quand la médiation se transforme en récupération

Alors que les enseignants de SOS Éducation patientent sur le parvis de la Présidence, un autre élément vient troubler un peu plus le cadre déjà fragile de la rencontre. Sur place, plusieurs participants rapportent avoir aperçu, sans annonce officielle, des figures connues de la société civile et de l’ancien syndicalisme, présentes mais tenues à l’écart, dissimulées dans des véhicules. Parmi les noms cités figurent Fridolin Mve Messa et Georges Mpaga. Leur présence inattendue provoque incompréhension et malaise au sein de la délégation enseignante.

Dans un contexte aussi tendu, rien n’est neutre. La découverte de ces “invités invisibles” est immédiatement interprétée comme une tentative de reconfiguration du dialogue. Pour la base, la question n’est pas de savoir si ces acteurs sont légitimes dans l’absolu, mais qui les a mandatés, et au nom de qui ils sont là. Aucun mandat clair, aucune communication préalable, aucune validation par les assemblées générales : cette opacité alimente l’idée d’un dispositif pensé pour diluer la parole enseignante.

Ce schéma n’est pas inédit. Dans de nombreuses crises sociales gabonaises, la stratégie de l’élargissement artificiel du cercle des interlocuteurs a souvent servi à affaiblir les mouvements les plus déterminés. En convoquant officiellement ou officieusement des acteurs extérieurs, le pouvoir cherche à fragmenter le front revendicatif, à introduire des voix plus conciliantes, et à reformater le conflit dans un cadre plus maîtrisable. Pour les enseignants présents, cette mécanique est immédiatement reconnaissable.

La présence de ces figures, associées à des séquences passées de dialogue social jugées infructueuses, ravive de vieilles blessures. Aux yeux de la base, ces acteurs incarnent une époque où les sorties de crise se négociaient sans consultation réelle, souvent au prix de compromis vite oubliés. Leur apparition sur le parvis de la Présidence est donc perçue non comme un gage d’apaisement, mais comme un signal de récupération politique.

Cette situation renforce un sentiment déjà très fort : celui d’être dépossédé de sa propre lutte. Les enseignants venus défendre un cahier de charges précis ont le sentiment que le cadre de la rencontre leur échappe, que les règles ne sont pas claires, et que d’autres parlent, ou s’apprêtent à parler, en leur nom. Dans un mouvement qui se revendique explicitement de la souveraineté de la base, cet élément agit comme un puissant facteur de radicalisation.

Loin de faciliter le dialogue, la présence de ces invités invisibles contribue à désacraliser la rencontre présidentielle. Ce qui devait être un moment d’écoute directe devient, aux yeux des enseignants, une scène brouillée, où se mêlent anciens réseaux, figures recyclées et stratégies d’influence. Un épisode de plus qui conforte la base dans l’idée que le problème n’est pas seulement social, mais profondément politique et méthodologique.

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