‎SEEG : derrière le sabotage présumé, un système à bout de souffle

Défaillance numérique, interpellations et soupçon de sabotage… Derrière la dernière crise de la SEEG, c’est toute la fragilité de son système qui réapparaît au grand jour.

‎‎Dans la nuit du 14 au 15 juin 2026, un dysfonctionnement informatique a paralysé l’achat d’unités Edan sur l’ensemble du territoire. Si la situation est revenue à la normale le 17 juin, la réaction de la Société d’énergie et d’eau du Gabon (SEEG), qui s’est rapidement disculpée derrière la piste criminelle, continue d’interroger.

‎« Des indices techniques sérieux font apparaître des actes de malveillance assimilables à un sabotage », a affirmé le directeur général Steeve Saurel Legnongo, évoquant des infrastructures numériques « délibérément ciblées ». Trois agents de la Direction des systèmes d’information ont depuis été interpellés. La justice tranchera. Mais une question demeure, selon de nombreux observateurs : et si le véritable problème résidait moins dans la recherche de coupables que dans la modernisation d’un système devenu obsolète depuis des années ?

‎Des outils de production et les infrastructures numériques vieillissants,  malgré leur caractère stratégique. Un constat déjà formulé début 2025 par l’administrateur provisoire de la SEEG lui-même : « Aucun investissement structurant n’a été fait ces vingt dernières années », alors même que la demande énergétique a presque doublé entre 2010 et 2024.

‎Ancien chef du dispatching électrique à la SEEG, Steven Obame situe le cœur du problème à ce niveau. Dans un témoignage sévère publié sur ses plateformes sociales, il déplore une gestion des crises désormais centrée sur la désignation de responsables plutôt que sur la résolution technique. Il rappelle qu’autrefois, l’entreprise tenait « grâce aux agents, pas grâce aux équipements ». Aujourd’hui, estime-t-il, la peur a remplacé l’engagement : « Quand les gens ont peur, ils ne prennent plus d’initiatives. Ils font le strict minimum pour se protéger. Une entreprise technique ne peut pas survivre comme ça. »

‎‎Et de prévenir : « Ce qui s’est passé avec EDAN n’est qu’un point de défaillance parmi d’autres. Tant qu’on ne s’attaque pas aux causes réelles — maintenance, investissement, expertise — les crises vont se répéter. »

‎‎L’informaticien Farel Nguéma Bekale va plus loin et remet en cause la solidité même de la thèse du sabotage. « On ne peut pas me faire croire qu’en 2026, trois agents lambda peuvent déstabiliser une infrastructure nationale stratégique sans que personne ne s’en aperçoive en temps réel », affirme-t-il. Il rappelle les fondamentaux de toute architecture informatique sérieuse : « Il y a des logs d’accès, des alertes automatiques, une traçabilité complète. Aucune modification ne peut être anonyme. »

‎Et de poser la question centrale : « Même si piratage il y a eu, où sont les sauvegardes ? Où est le plan de reprise d’activité ? On ne peut pas rester trois jours en panne pour ça. » Comme pour dire que le mal dépasse la seule question du sabotage, et que la solution durable pour la SEEG passera d’abord par la modernisation de ses outils et une révision de ses priorités budgétaires.

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