Gabon : laissés sur la touche, les ex-employés d’Addax attendent toujours leur heure à la GOC

La reprise des actifs d’Addax Petroleum par la Gabon Oil Company en mars 2024 avait été présentée comme l’acte fondateur d’une souveraineté pétrolière retrouvée. Deux ans plus tard, plus de vingt techniciens et ingénieurs gabonais ayant servi sur ces mêmes champs réclament toujours leur intégration. Personne n’a répondu. Le 12 mars 2024, à l’expiration du contrat d’exploitation et de partage de production (CEPP) conclu en 2014 entre l’État gabonais et la filiale du groupe chinois Sinopec, la Gabon Oil Company prenait officiellement le contrôle des champs de Tsiengui et Obangue, situés à environ cent kilomètres au sud-est de Port-Gentil.  

Pourtant, l’opération s’inscrivait dans une stratégie de reconquête des actifs pétroliers portée par les autorités actuelles depuis le lendemain du changement de régime. La GOC héritait d’un bloc onshore avec une production de l’ordre de 6 000 barils par jour et d’un effectif de 250 agents directs à reprendre, ou à écarter. Dès les premiers jours, la GOC avait adressé des contrats d’embauche à une partie du personnel. 

Selon des sources bien informées, environ 130 agents sur les 250 employés directs d’Addax avaient reçu un contrat de travail. Le reste, soit une centaine de salariés, a été soumis à la procédure de licenciement économique engagée par la direction d’Addax Petroleum avant sa sortie. Parmi eux, un collectif de plus de vingt techniciens et ingénieurs, certains cumulant plus de seize ans d’expérience sur les sites de Tsiengui, Obangue et Rabi, se retrouve aujourd’hui sans réponse, sans intégration et sans perspective claire. Leurs dossiers, déposés auprès de la compagnie nationale, sont restés sans suite.

Au moment précis où Libreville affiche l’ambition de bâtir une industrie pétrolière portée par des compétences nationales, la GOC semble incapable ou peu disposée à absorber les hommes de métier formés sur ses propres champs. Lors de la reprise, des employés avaient déjà alerté sur les conditions proposées par la compagnie nationale, dénonçant des contrats amputant leur rémunération de près de moitié. Certains faisaient état d’une perte de 60 % de leurs revenus après prélèvements fiscaux. Pour ceux qui ont refusé ces conditions ou n’ont tout simplement pas été contactés, le vide s’est installé.

Le collectif des laissés-pour-compte appelle désormais les plus hautes autorités à se saisir du dossier. Ils s’adressent nommément au président Oligui Nguema, dont le discours sur la valorisation du capital humain gabonais dans le secteur des hydrocarbures reste, pour eux, une promesse non tenue. Au-delà de leur situation personnelle, c’est une question de cohérence politique qui se pose : peut-on revendiquer la souveraineté pétrolière tout en ignorant l’expertise nationale accumulée pendant des décennies sur le terrain ?

Pour l’heure, la GOC n’a pas communiqué sur le sort de ces agents. La compagnie, qui gère désormais un portefeuille d’actifs considérablement élargi allant des champs d’Assala aux blocs d’Addax, en passant par des participations dans plusieurs permis offshore, est confrontée à des défis opérationnels et financiers qui semblent avoir relégué la question sociale au second plan. Mais les hommes qui ont extrait le brut gabonais pendant seize ans n’entendent pas rester indéfiniment sur le bord de la route.

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