Gabon : Record Resources a-t-elle vraiment les moyens de ses ambitions ?

La junior canadienne affiche un plan de développement à 20 000 barils/jour sur le bloc Ngulu. Mais on peut s’interroger sur ses chiffres notamment ceux de sa dernière opération financière. Quand une société cotée à 0,055 dollar canadien annonce vouloir transformer un bloc pétrolier gabonais de 1 214 kilomètres carrés en projet de 20 000 barils par jour, la question s’impose d’elle-même : de quel argent parle-t-on ? Record Resources multiplie les communiqués depuis le début de l’année, données sismiques 3D récupérées, 28 prospects identifiés, puits Loba présenté comme capable de produire 5 000 b/j. Des annonces qui font leur effet sur les fils d’information spécialisés. 

Le 17 juin 2026, la société a finalisé la cession de ses droits miniers en Ontario à RJK Explorations, présentée comme un recentrage stratégique vers le Gabon. Mais la valeur totale de la transaction s’élève à environ 75 000 dollars canadiens, dont une tranche attendue en 2027 et une dernière en 2028. Une société qui monétise un actif sur deux ans pour cette somme ne le fait pas depuis une position de confort. Elle gère plutôt une trésorerie sous tension, et le désengagement de l’Ontario en est le symptôme le plus lisible.

Le bloc Ngulu lui, est bien réel, les données existent, la découverte Loba a été forée. Record Resources ne fabrique pas un actif, elle en détient un, dans un pays qui cherche précisément à attirer des opérateurs sur des blocs délaissés par les majors. Sur ce point, le contexte gabonais lui est favorable. Mais entre détenir un actif et le développer, il y a un gouffre, c’est celui du financement. Un projet de 20 000 b/j en Afrique centrale mobilise des centaines de millions de dollars qu’une junior valorisée à quelques millions sur les marchés ne peut pas porter seule.

Dans l’écosystème pétrolier gabonais, les références s’appellent Vaalco sur Etame, BW Energy sur Dussafu, Perenco sur les blocs matures. Ces opérateurs disposent d’équipes techniques déployées, de lignes de crédit bancables et d’une réputation institutionnelle. Record Resources, elle, est au stade de la démonstration. Son modèle est légitime dans l’industrie. Mais il exige une chose que les communiqués ne mentionnent jamais : du temps et de l’argent pour tenir jusqu’au deal. La question que devrait se poser sans détour la Direction Générale des Hydrocarbures est de savoir si Record Resources est en mesure d’honorer ses obligations contractuelles sur le bloc Ngulu ? Les ambitions affichées méritent d’exister. Un développement à 20 000 b/j serait une bonne nouvelle pour le pays. Mais entre l’annonce et le premier baril produit, il faudra bien que quelqu’un mette la main au portefeuille.

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