Lorsque la rencontre débute enfin, après de longues heures d’attente, l’espoir d’un arbitrage clair s’est déjà largement émoussé. Très vite, le déroulé des échanges confirme ce que plusieurs enseignants redoutaient. Selon des témoignages concordants recueillis auprès de participants, la réunion prend la forme d’un discours descendant, dominé par la parole du chef de l’État, Brice Clotaire Oligui Nguéma, plutôt que celle d’un dialogue structuré autour du cahier de charges.
Le président expose longuement les difficultés auxquelles ferait face le pays : contraintes budgétaires, priorités nationales, héritages lourds à gérer. La parole circule peu. Les enseignants présents décrivent une séquence où l’essentiel du temps est occupé par une mise en contexte économique et politique, laissant peu d’espace à la contradiction ou à l’examen détaillé des revendications. L’arbitrage attendu se transforme progressivement en séance d’explication unilatérale.
Cette posture n’est pas anodine. Dans un conflit où la base réclame avant tout des actes administratifs précis, mises en solde, régularisations, rappels, l’absence de réponses concrètes est vécue comme un refus implicite. Le monologue présidentiel, loin de rassurer, alimente l’idée que la rencontre n’a pas été conçue pour trancher, mais pour rappeler les limites. L’État parle de ses contraintes ; les enseignants repartent avec leurs incertitudes intactes.
Plus encore, le ton rapporté est perçu par certains comme blâmant, voire dissuasif. Les enseignants disent avoir eu le sentiment d’être renvoyés à leur responsabilité dans la crise, comme si la paralysie de l’école relevait davantage de leur obstination que d’un passif administratif accumulé sur des décennies. Cette inversion symbolique des responsabilités constitue un point de rupture pour une base déjà convaincue d’être injustement traitée.
L’absence d’annonce précise à l’issue de la rencontre achève de dissiper les illusions. Aucun calendrier ferme, aucun engagement écrit, aucune décision définitive n’est communiquée. Dans un contexte de défiance extrême, ce vide est interprété non comme une prudence, mais comme une fin de non-recevoir déguisée. L’arbitrage présidentiel, attendu comme l’ultime recours, n’a pas eu lieu.
À la sortie de la salle, un constat s’impose parmi les enseignants les plus mobilisés : la rencontre n’a pas réduit la crise, elle l’a requalifiée. Ce qui était encore perçu comme un conflit administratif devient une confrontation politique sur la manière de gouverner. Le monologue présidentiel, loin de clore le débat, marque un nouveau tournant.














