Dans toute séquence de dialogue social, la forme compte autant que le fond. Le dimanche 18 janvier 2026, sur le parvis de la Présidence de la République, la forme a parlé avant même que les mots ne soient échangés. Arrivés aux environs de 15 heures, les enseignants de SOS Éducation patienteront jusqu’à un peu après 20 heures avant d’être reçus. Cinq heures d’attente, sans communication officielle, sans cadre explicite, dans un contexte de tension extrême. Ce temps suspendu n’est pas anodin : il structure d’emblée un rapport de domination.
Cette attente prolongée agit comme un prélude politique. Elle installe une asymétrie claire entre un pouvoir qui décide du tempo et des enseignants sommés d’attendre, physiquement et symboliquement. Dans l’histoire des conflits sociaux gabonais, ce type de mise en scène n’est pas inédit. Il a souvent servi à rappeler, dès l’entrée en matière, que le dialogue n’est pas une négociation entre pairs, mais une concession accordée par le sommet. Pour une base déjà convaincue d’être méprisée, le message est reçu cinq sur cinq.
Au fil des heures, la fatigue s’installe. Les enseignants, venus avec l’espoir d’un arbitrage clair, voient leurs attentes s’éroder. Cette usure n’est pas seulement physique ; elle est psychologique. Elle fragilise la disposition au dialogue et nourrit la suspicion. Pourquoi faire attendre aussi longtemps des acteurs présentés comme essentiels à la nation ? Pourquoi aucun signal, aucune explication, aucun cadre temporel ? Dans ce silence institutionnel, la défiance gagne du terrain.
Lorsque la rencontre débute enfin, le climat est déjà plombé. Le temps perdu devient un temps politique perdu. Les enseignants n’entrent pas dans la salle avec la disponibilité nécessaire à une discussion apaisée, mais avec le sentiment d’avoir été placés en position d’infériorité. Cette séquence d’attente transforme ce qui devait être un échange en une confrontation implicite, où l’écoute devient secondaire.
Ce choix de méthode a un effet mécanique : il renforce la lecture selon laquelle l’État ne cherche pas à comprendre, mais à imposer. Dans un contexte où la base revendique le respect, la dignité et la reconnaissance de son rôle, l’attente imposée est interprétée comme un symbole supplémentaire du mépris dénoncé depuis des années. La crise éducative n’est alors plus seulement une affaire de salaires ou de carrières, mais une crise de considération.
Ces cinq heures d’attente constituent l’un des tournants silencieux de la rencontre. Avant même les propos échangés, elles ont contribué à disqualifier le cadre du dialogue. Pour de nombreux enseignants présents, la conclusion s’impose a posteriori : on ne peut pas reconstruire la confiance sur une mise en scène de domination. Cette séquence, loin d’apaiser la grève, a préparé le terrain de sa radicalisation.














