La pénurie qui affecte le Gabon depuis la fin septembre remet au premier plan la question des stocks de sécurité. Le 2 octobre 2026, le ministère du Pétrole et du Gaz a reconnu une diminution des volumes disponibles chez les distributeurs et annoncé la mobilisation des quantités entreposées pour maintenir les livraisons. Des mesures de rationnement ont été appliquées dans l’attente d’une cargaison maritime. L’épisode soulève une interrogation sur la capacité du dispositif national à absorber un retard d’importation ou une hausse inhabituelle de la demande sans interrompre l’approvisionnement des stations-service. Le communiqué gouvernemental ne précise ni le volume des réserves mobilisées ni le nombre de jours de consommation qu’elles pouvaient couvrir.
La Société gabonaise d’entreposage de produits pétroliers (SGEPP) occupe une position centrale dans ce dispositif. Elle assure la réception et le stockage de carburants provenant notamment de la SOGARA et des importations. Mais, selon les explications données le 5 octobre par son directeur général, Yvon Tchicot, les produits entreposés appartiennent aux distributeurs, qui décident ensuite de leur enlèvement et de leur destination commerciale. Cette distinction est essentielle : disposer de réservoirs de stockage ne signifie pas nécessairement que l’État possède des réserves stratégiques immédiatement mobilisables. Il convient donc de distinguer les capacités physiques d’entreposage, les stocks commerciaux des opérateurs et les éventuelles réserves publiques destinées à répondre aux situations d’urgence.
L’arrivée du navire Savanan, crédité d’environ 30 000 m³, permet de mesurer les volumes nécessaires au réapprovisionnement. Cette cargaison équivaut à 30 millions de litres, mais sa durée théorique de couverture dépend de la consommation nationale. À titre d’illustration, une consommation de 2 millions de litres par jour épuiserait un tel volume en quinze jours, en supposant qu’il soit intégralement disponible pour le marché intérieur. Ce calcul est une simulation et non une estimation de la demande gabonaise. Il souligne néanmoins l’importance d’un indicateur absent des dernières communications officielles : le nombre de jours de couverture des stocks, par produit et par région.
La question est également financière. Maintenir des réserves suppose d’immobiliser des capitaux dans des produits pétroliers, de financer leur stockage et de renouveler régulièrement les volumes pour préserver leur qualité. Lorsque les cours internationaux augmentent, le coût de constitution des stocks progresse également. Les distributeurs doivent alors arbitrer entre leurs besoins de trésorerie, leurs commandes futures et les obligations éventuelles de stockage. La direction de la SGEPP a indiqué le 5 octobre que les tensions sur le marché international compliquaient la sécurisation des cargaisons et la disponibilité des navires. Elle a également confirmé qu’un programme d’augmentation des capacités d’entreposage était à l’étude, après validation de sa faisabilité.
La crise actuelle met donc en évidence un besoin de transparence sur les infrastructures de stockage et leur modèle de financement. La publication régulière des capacités installées, des taux de remplissage, des stocks minimaux réglementaires et des jours de couverture permettrait d’évaluer les risques de rupture. Il faudrait également préciser les responsabilités respectives de l’État, de la SGEPP et des distributeurs lorsque les réserves commerciales deviennent insuffisantes. L’augmentation annoncée des capacités constitue une réponse industrielle, mais elle devra s’accompagner d’un mécanisme de gestion des stocks permettant d’éviter qu’une cargaison retardée ne provoque de nouveau plusieurs jours de rationnement.













