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Gabon : la SEEG a changé huit fois de directeur général en trois ans, mais vient d’engager l’État sur cinq ans avec un opérateur étranger

Avant sa mise sous administration provisoire le 27 août 2024, la Société d’énergie et d’eau du Gabon avait connu huit directeurs généraux en trois ans, un rythme de rotation documenté par GMT au moment même où le pouvoir de transition justifiait sa décision par le constat que l’entreprise « s’enfonçait dans une crise profonde et multiforme ». Une enquête plus large de GabonReview, publiée en octobre 2025, porte le compte à dix directeurs généraux en sept ans, soulignant que cette instabilité a privé l’entreprise « d’une vision durable ».

C’est dans ce contexte de gouvernance erratique que le contrat avec Suez a été signé, le 29 avril 2025, pour cinq années fermes et 200 millions d’euros, soit environ 131 milliards de fcfa. Selon le compte rendu de l’opérateur français lui-même, l’accord couvre l’ensemble de la chaîne du service de l’eau, de la production à la gestion clientèle, ainsi qu’un volet de transfert de compétences et de rétablissement de l’équilibre financier de la SEEG.

L’écart de durée entre les deux engagements est frappant : un contrat de cinq ans signé par une entreprise qui n’avait pas connu de direction stable plus de quelques mois d’affilée durant la période précédente. L’actuel administrateur directeur général, Steeve Saurel Legnongo, en poste depuis décembre 2024, est précisément chargé d’assurer la continuité de cette administration sur sa durée complète, un mandat de cohérence rarement tenu jusqu’ici dans l’histoire récente de l’entreprise.

Le contrat Suez n’est pas un acte isolé : il s’inscrit dans un Plan stratégique d’investissement présenté en avril 2025 par le ministre de l’Énergie, misant explicitement sur les partenariats public-privé pour mobiliser rapidement des ressources et de l’ingénierie. Mais la question de la continuité institutionnelle reste entière : quelle structure de gouvernance, avec quelle mémoire administrative, assure aujourd’hui le suivi d’indicateurs de performance sur cinq ans, dans une entreprise qui n’a longtemps pas su garder un dirigeant plus d’un an ?

Ce n’est pas le partenariat avec Suez en lui-même qui pose problème, l’expertise de l’opérateur étant reconnue internationalement. C’est l’absence de communication publique sur l’instance précise, distincte du turnover des directions générales, qui porte la responsabilité du suivi d’engagement d’un contrat conçu pour durer plus longtemps que n’importe quel mandat de direction qu’a connu la SEEG depuis 2018.

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