Le 15 juin, devant le Parlement, le Président a cité « un taux de chômage des Jeunes à hauteur de 35 % » pour qualifier la situation héritée avant la Transition, évoquant dans la même phrase une inadéquation entre les formations dispensées et les besoins du marché local. Mais il n’enchaîne pas avec un chiffre actualisé du même indicateur. Sa phrase suivante change de registre : « de la Transition à maintenant, près de 22 mille emplois dans le secteur privé ont été créés », et ce secteur aurait connu en 2024 une hausse de 2,4 % de ses effectifs, portant le total à 85 900 salariés.
C’est une substitution de métrique plus qu’une comparaison. Le 35 % est un taux ; les 22 000 emplois et les 2,4 % sont des volumes et des variations appliqués à un stock d’emplois existant. Aucun de ces deux chiffres ne permet, à lui seul, de savoir si le taux de chômage des jeunes a baissé, stagné ou augmenté depuis 2023. Le discours construit une impression de progrès sans jamais reconnecter les deux indicateurs.
Le PIB par habitant n’a progressé que de 0,6 % en 2025
Les Perspectives Économiques en Afrique 2026 de la Banque africaine de développement, publiées en mai 2026, comblent ce vide, et la réponse ne va pas dans le sens suggéré par l’enchaînement présidentiel : la BAD chiffre le chômage des jeunes gabonais à 36,3 % en 2025, soit légèrement au-dessus du repère de 35 % cité par le Président pour la période antérieure. À noter une nuance méthodologique : sa statistique vise explicitement le secteur privé, celle de la BAD est un taux national ; la comparaison reste valide comme ordre de grandeur, mais les périmètres ne sont pas rigoureusement identiques.
La BAD situe cette stagnation dans un contexte qui en explique le mécanisme. Le PIB par habitant n’a progressé que de 0,6 % en 2025 contre 1,2 % en 2024, le chômage global atteignait 20,2 % (28,6 % chez les femmes), et le taux de pauvreté est resté quasiment figé à 33,1 % contre 32,8 % en 2024. Plus structurellement, la croissance 2025 s’est concentrée dans le BTP (+25,4 %) et les services (+4,4 %), des secteurs à plus forte intensité capitalistique, tandis que le bois (-23,7 %), le pétrole (-2,9 %), les mines (-2,1 %) et les transports (-3,5 %) se contractaient.
Un déficit qui limite l’impact de la dépense publique sur l’emploi
La BAD relève aussi que « l’écart d’efficacité des investissements publics est élevé, à 60 % contre 40 % en Afrique subsaharienne », un déficit qui limite l’impact de la dépense publique sur l’emploi, indépendamment de la volonté politique affichée. Le Président n’a pas menti sur le chiffre de 35 %, et les 22 000 emplois sont vraisemblablement réels. Mais le montage rhétorique du discours laisse une impression de redressement que les données les plus récentes ne confirment pas : trois ans après le changement de régime, l’indicateur qu’il a lui-même choisi de citer comme point de départ n’a, au mieux, pas bougé et selon la BAD, il a même légèrement empiré.














