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Gabon : 1 658 milliards de fcfa absents du discours présidentiel

Sur le plan macroéconomique, le président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguéma, a reconnu sans détour l’ampleur de l’héritage : une dette représentant 70 % du PIB à son arrivée. Mais la seule réponse évoquée reste extérieure : « ces échanges portent essentiellement sur la restructuration de la dette », a-t-il précisé à propos des discussions en cours avec le FMI. Aucune mention, en plus d’une heure de discours, du marché financier régional que la CEMAC tente justement de développer comme alternative au seul crédit bancaire et à l’endettement souverain.

Le silence est d’autant plus frappant que 2026 a été l’année charnière de la Bourse des valeurs mobilières d’Afrique centrale. Le 7 mai, BGFI Holding Corporation, maison mère du groupe BGFIBank dirigé par Henri-Claude Oyima, est devenue la première capitalisation cotée sur le compartiment actions de la BVMAC. Cette entrée a fait plus que tripler la capitalisation totale du compartiment, qui est passée de 479 à 1 658 milliards de fcfa en une seule séance, soit une progression de plus de 246 %.

L’opération a mobilisé 45,3 milliards de fcfa auprès de 7 601 souscripteurs venus de 24 pays différents. Une deuxième phase de levée, portant sur 81 milliards de fcfa supplémentaires, est programmée pour le troisième trimestre afin de porter le flottant du groupe de 3,85 % à 10 %, seuil imposé par la réglementation régionale aux sociétés cotées.

Les fondamentaux qui soutiennent cette opération sont solides : un bilan consolidé de 7 390 milliards de fcfa en 2025, en hausse de 24 %, des dépôts clientèle de 4 263 milliards et un encours de crédits de 3 752 milliards. Selon le directeur général de la BVMAC, Louis Banga Ntolo, la contribution de la place au financement des économies de la zone pourrait désormais « dépasser 5 % du PIB régional », contre 2,4 à 2,5 % auparavant.

Un développement institutionnel de cette ampleur, porté par un groupe gabonais et capable de modifier la profondeur du marché financier de toute la sous-région, méritait au minimum une phrase dans un discours censé dresser l’état de la Nation. Son absence dit quelque chose de la manière dont l’exécutif continue de penser le financement de l’économie : par la dette extérieure et les bailleurs, jamais par la mobilisation de l’épargne régionale.

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