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Gabon : Eramet, cette annonce historique disparu du discours d’Oligui Nguéma

Lors de son adresse sur l’état de la Nation du 15 juin, le Président Oligui Nguema a égrené avec précision les ressources stratégiques du pays : niobium, phosphate, marbre, potasse, terres rares, fer, or, diamant, manganèse, uranium, iboga, pétrole, gaz. Seize mots pour seize filières. Le manganèse y figure, coincé entre le diamant et l’uranium, sans une ligne de développement. Les hydrocarbures, eux, ont droit à un paragraphe entier et à une revendication directe : grâce aux rachats d’Assala et de Tullow Oil, le Chef de l’Etat affirme que « nous devenons le premier producteur national, devant les anciens leaders historiques ».

Ce déséquilibre de traitement n’est pas anodin. La Comilog, filiale gabonaise du groupe français Eramet, reste l’un des piliers historiques de l’exportation gabonaise, et l’Etat en détient 29 % du capital. Or 2025 a été un exercice désastreux pour la maison mère : une perte nette de 477 millions d’euros, soit le quart de sa capitalisation boursière actuelle, qui aurait coûté son poste au directeur général Paolo Castellari après seulement neuf mois de mandat. Un plan de recapitalisation de 500 millions d’euros, environ 328 milliards de fcfa, a été validé par les actionnaires de référence le 27 mai, la famille industrielle Duval et l’Etat français en tête.

C’est dans ce contexte que la séquence la plus révélatrice du dossier s’est jouée à la mi-mai. Libreville a annoncé vouloir « franchir un cap historique en accédant au capital du groupe Eramet », selon les informations relayées par Agence Ecofin. La déclaration a ensuite été supprimée du site de la Présidence gabonaise. Du côté d’Eramet, la réponse est restée prudente : le groupe a indiqué « prendre note de l’intention » du gouvernement gabonais, sans confirmer ni montant ni calendrier.

L’épisode s’inscrit dans une tension persistante. Une note d’analyse stratégique relayée en février évoque un risque de désengagement progressif d’Eramet du Gabon sur un horizon de trois ans, le groupe priorisant désormais ses investissements dans le lithium argentin, et un climat de méfiance persistant entre la direction du groupe, revenue sous la présidence de Christel Bories, et la vision de transformation locale du manganèse portée par l’Etat gabonais.

Un discours économique majeur et le premier du genre, qui ne consacre pas une phrase à ce dossier, au moment précis où l’ambition d’entrer au capital d’Eramet a été formulée puis retirée du registre officiel, n’est pas un oubli neutre. C’est la photographie d’un rapport de force où la souveraineté s’affiche quand elle réussit, dans le pétrole, et se taise quand elle reste incertaine, dans les mines. Alors que ce dossier a pris une tournure inattendue avec l’entrée en lice d’un consortium américano-émirati, cet “oubli” interroge.

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