Dans un passage inhabituellement direct de son adresse, le président a nommé ce que la communication officielle avait jusque-là euphémisé, pointant « la mauvaise gouvernance de notre société nationale d’eau et d’électricité, la SEEG ». Il a ensuite confirmé la nature exacte de la réforme engagée, en des termes qui ne laissent guère de place à l’interprétation : il s’agit de « dissocier la production, de la distribution et de la commercialisation ».
Cette formulation va plus loin que la simple séparation entre le secteur de l’eau et celui de l’électricité, déjà annoncée par ailleurs. C’est la séquence classique qui précède, dans les secteurs miniers comme dans les services publics en réseau, une ouverture du capital ou une privatisation partielle : on découpe l’entreprise intégrée en blocs d’activité distincts avant d’en céder ou d’en confier la gestion à des partenaires extérieurs.
Le contexte financier renforce cette lecture. Le Président a lui-même rappelé l’échec du projet PIEPAL (Programme intégré pour l’alimentation en eau potable et l’assainissement de Libreville), lancé en 2014 pour améliorer l’accès à l’eau, qui a englouti plusieurs centaines de millions de francs cfa sans résultat durable. Pour tenter de corriger ce problème, l’Etat s’est de nouveau endetté auprès du groupe Suez, pour un montant comparable à celui déjà englouti dans le projet précédent, en vue d’améliorer la desserte en eau.
Le discours met également en avant les défaillances des usagers eux-mêmes, comptes non payés, compteurs enfouis, câbles volés, comme cause structurelle des dysfonctionnements de la SEEG. Cette mise en cause des comportements individuels, si elle n’est pas infondée, a aussi pour effet de déplacer une partie de la responsabilité loin de la gouvernance et des choix d’investissement de l’entreprise elle-même.
Annoncer un découpage par fonction de l’opérateur national, tout en s’endettant à nouveau pour réparer les dégâts d’un précédent partenariat avec le même type d’acteur, correspond à la trajectoire habituelle d’une préparation à un désengagement partiel de l’Etat ou à l’entrée de partenaires internationaux au capital des entités scindées. Le discours, lui, ne prononce jamais le mot privatisation.














