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Gabon : l’hôpital psychiatrique de Mélen, un marché à 992 millions de fcfa… et des fantômes

À Libreville, certains chantiers n’existent que sur le papier. Celui de l’hôpital psychiatrique de Mélen en est la dernière illustration. Selon les données publiées sur le portail des marchés publics gabonais, un marché de travaux d’un montant de 992 263 215 de fcfa a été approuvé le 21 mai 2025, attribué à la société Building Construction Company (BCC) par entente directe, sous l’autorité du Ministère de la Santé. L’objet : la construction d’un hôpital psychiatrique à Libreville, dans le quartier de Mélen. Problème : rien, sur le terrain, ne témoigne de ce projet.

Hôpital psychiatrique de Mélen : un espoir tant attendu

Le contraste est saisissant pour quiconque emprunte les voies d’accès de ce quartier. Ce qui frappe le regard à Mélen, ce n’est pas un chantier en activité, mais l’état calamiteux de la voirie environnante : des routes défoncées, des nids-de-poule béants, une infrastructure urbaine à l’abandon qui dit, mieux que tout discours, l’écart entre les annonces budgétaires et la réalité quotidienne des riverains. Aux abords mêmes de ce qui devrait devenir un équipement sanitaire majeur, le cadre de vie se dégrade à vue d’œil et personne ne semble s’en émouvoir.

Il faut rappeler que le site de Mélen abrite l’Hôpital Régional de l’Estuaire, établissement de référence pour une province qui concentre la majorité de la population gabonaise. C’est dans ce contexte qu’intervient ce marché de construction d’une unité psychiatrique, un projet qui, sur le fond, répondrait à un besoin réel et criant. Le Gabon ne dispose d’aucun établissement psychiatrique structuré, et les patients souffrant de troubles mentaux sont depuis des décennies pris en charge dans des conditions précaires, inadaptées, souvent indignes. 

Encore un marché de gré à gré

L’attribution par entente directe, mode de passation retenu ici pour un contrat frôlant le milliard de fcfa, mérite d’être interrogée. Ce mécanisme, qui échappe par définition à la mise en concurrence, réduit les possibilités de contrôle externe sur la qualité du titulaire et l’effectivité des travaux. Qui est BCC, Building Construction Company ? Quelles sont ses références dans la construction hospitalière ? Le portail des marchés publics n’en dit rien. La transparence s’arrête à la publication du chiffre.

Au Gabon, la santé mentale reste le parent pauvre d’un système de santé déjà sous tension. Le pays ne dispose d’aucun établissement psychiatrique digne de ce nom, et les patients souffrant de troubles mentaux sont souvent contraints à des prises en charge précaires, inadaptées ou inexistantes. L’annonce d’un hôpital psychiatrique à Libreville aurait donc pu constituer une avancée réelle. Mais entre l’approbation d’un marché et la livraison d’une infrastructure fonctionnelle, la distance, au Gabon, est souvent abyssale, peuplée de délais, de surcoûts, d’avenants et parfois de projets purement et simplement abandonnés.

Le spectre des éléphants blancs

La question qui se pose n’est pas seulement celle du chantier fantôme de Mélen. Combien de marchés approuvés, dûment publiés, dotés de titulaires identifiés et de montants précis, restent lettre morte sur le terrain gabonais ? L’État de la transition, qui a érigé la bonne gouvernance en pilier de sa légitimité, ne peut continuer à laisser de tels écarts sans réponse. Un marché public n’est pas une fin en soi, c’est une promesse faite aux populations. À Mélen, cette promesse ressemble, pour l’heure, à un asile sans murs.

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