Gabon : l’AGADEV, vitrine verte d’un État qui peine encore à structurer ses revenus du capital naturel

Le Conseil des ministres du 25 juin 2026 a approuvé les statuts de l’Agence Gabonaise de Développement de l’Économie Verte (AGADEV), dotée de trois organes, Conseil d’Administration, Direction Générale et Agent Comptable, conformément au modèle des établissements publics à caractère industriel et commercial (EPIC). L’AGADEV, dont la création avait été actée par ordonnance en janvier 2025, entre ainsi dans une phase opérationnelle avec des statuts officiellement approuvés. Ses missions portent sur la monétisation des crédits carbone et des crédits biodiversité, la valorisation du capital naturel, et la mobilisation de financements verts pour le Gabon, un pays dont les forêts couvrent 88 % du territoire et absorbent plus de 100 millions de tonnes de CO₂ par an, soit quatre fois les émissions nationales.

Le potentiel est réel et reconnu au niveau international. Le bassin forestier gabonais est le deuxième réservoir mondial de carbone après l’Amazonie, et le Gabon a déjà bénéficié, sous le régime précédent, de paiements au titre des résultats REDD+ de la part du Fonds Vert pour le Climat. En octobre 2025, l’AGADEV a été officiellement désignée comme représentante du Gabon auprès du Fonds vert pour le climat, ce qui lui permet de soumettre et gérer directement des projets visant le développement durable, la protection de la biodiversité et la transition énergétique nationale. C’est une reconnaissance institutionnelle significative. Mais entre l’accréditation et la mobilisation effective de financements, le chemin reste long et incertain.

Ce que le communiqué du 25 juin ne dit pas, c’est combien l’AGADEV a déjà généré. Depuis sa création en janvier 2025, aucun bilan financier public de l’agence n’a été publié. Les crédits carbone peuvent être vendus sur les marchés financiers à des entreprises ou des pays souhaitant compenser leurs propres émissions, pour un montant situé entre 5 et 30 dollars américains par tonne, une fourchette très large qui dépend du mécanisme de certification utilisé (Verra, Gold Standard, Article 6 de l’Accord de Paris) et de la qualité du projet. Sans registre public des transactions, sans rapport d’activité accessible, et sans audit indépendant, la capacité de l’AGADEV à transformer le capital naturel gabonais en revenus budgétaires traçables reste invérifiable.

Le contexte budgétaire rend cette opacité d’autant plus problématique. Dans un pays dont le budget 2026 a été réduit de 863 milliards de fcfa, dont les réserves de change s’effritent et dont les agences de notation maintiennent des notes en catégorie spéculative, les revenus du capital naturel représentent un potentiel de diversification fiscale que l’État ne peut pas se permettre de laisser dans le flou. La question n’est pas de remettre en cause l’utilité de l’AGADEV, qui s’inscrit dans une logique globalement pertinente, mais d’exiger que ses performances soient mesurables, ses contrats traçables et ses recettes intégrées dans la loi de finances.

L’approbation des statuts ce 25 juin est une étape nécessaire mais insuffisante. L’AGADEV a besoin d’un plan d’affaires publié, d’un objectif de revenus à horizon trois ans, et d’un mécanisme de redevabilité vis-à-vis du Parlement et des contribuables gabonais. Sans cela, elle risque de rester ce que beaucoup d’agences africaines créées dans l’enthousiasme climatique international sont devenues : des structures administratives qui servent davantage à positionner le pays dans les négociations multilatérales qu’à générer des revenus concrets pour les populations dont elles sont censées valoriser l’environnement.

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