Le rapport du Forum mondial ne se contente pas d’une notation globale. Il détaille, pays par pays, la disponibilité des informations sur les bénéficiaires effectifs, c’est-à-dire les personnes physiques qui détiennent ou contrôlent réellement une société, une fiducie ou un compte bancaire, au-delà des prête-noms ou des structures juridiques interposées. C’est précisément sur ce terrain que le Gabon affiche ses résultats les plus fragiles. Sur l’élément A.1, qui concerne les renseignements sur les bénéficiaires effectifs de toutes les entités et constructions juridiques, le cadre légal gabonais est jugé « en place, mais nécessite des améliorations », et sa mise en œuvre pratique est notée « Partiellement conforme ».
Sur l’élément A.3, qui porte spécifiquement sur les bénéficiaires effectifs des comptes bancaires, le verdict est identique : cadre à améliorer, mise en œuvre partiellement conforme. À titre de comparaison, le Cameroun voisin obtient, sur ces deux mêmes critères, la notation supérieure « Conforme pour l’essentiel ».
Ce que mesurent ces critères, concrètement, c’est la capacité de l’État gabonais à savoir qui se cache réellement derrière une société immatriculée sur son territoire ou un compte ouvert dans une banque locale.
Une notation « Partiellement conforme » signifie que cette information existe en théorie mais reste incomplète, difficile d’accès ou insuffisamment vérifiée dans la pratique, ce qui ouvre la voie à des montages où des sociétés-écrans dissimulent l’identité de leurs véritables propriétaires, qu’il s’agisse de blanchiment, de contournement de sanctions ou d’évasion fiscale.
Le rapport souligne, à l’échelle continentale, que sur les 28 pays africains évalués sur ce point, un cadre juridique existe dans 26 d’entre eux, mais que des améliorations sont jugées nécessaires dans 22 pays, soit 79 % de l’échantillon.
Le problème n’est donc pas propre au Gabon. Ce qui distingue le pays, c’est le cumul d’un cadre encore imparfait et d’une application pratique elle aussi jugée insuffisante, un double déficit que d’autres pays de la sous-région parviennent à limiter à un seul des deux niveaux. Pour une économie gabonaise où les marchés publics et les grandes concessions extractives font régulièrement l’objet de soupçons de conflits d’intérêts et de sociétés-relais, la fiabilité du registre des bénéficiaires effectifs n’est pas une question purement technique. Elle conditionne la capacité même des autorités actuelles, comme des partenaires internationaux, à identifier qui bénéficie réellement des contrats publics et des flux financiers qui y sont associés.













