Gabon : le pays dispose d’une épargne excédentaire, mais peine encore à la transformer en investissements productifs

Le manque d’argent n’explique pas à lui seul les difficultés de financement de l’économie gabonaise. La Banque africaine de développement (BAD) classe le Gabon parmi les pays d’Afrique centrale présentant un excédent d’épargne, aux côtés notamment du Congo. Autrement dit, à l’échelle de l’économie, l’épargne disponible est supérieure à l’investissement réalisé. Pour la BAD, la priorité consiste dès lors moins à rechercher toujours davantage de capitaux qu’à mieux faire circuler ceux qui existent déjà vers les projets productifs. 

Ce constat change la lecture du problème de financement. Une économie peut posséder d’importantes ressources dans les banques, les fonds publics, les organismes de retraite ou d’autres investisseurs institutionnels tout en laissant entreprises et projets manquer de financements longs. Entre l’épargnant et l’investissement se trouve le système d’intermédiation financière : banques, marchés financiers, fonds d’investissement, caisses de dépôts et autres mécanismes chargés de transformer l’argent disponible en crédit ou en capital productif. 

La BAD relève notamment que certaines ressources institutionnelles de la région restent trop souvent placées dans des dépôts à court terme ou des titres publics. Elle estime qu’une fraction pourrait être orientée vers des fonds d’infrastructures ou de capital-investissement afin de fournir des capitaux plus longs. Le rapport cite le Gabon dans cette réflexion sur l’épargne institutionnelle et considère les Caisses des dépôts comme des instruments capables de canaliser une partie de ces ressources vers des investissements d’intérêt public. 

Le même raisonnement concerne le Fonds souverain de la République gabonaise. La BAD observe que les fonds souverains des économies pétrolières d’Afrique centrale conservent souvent une préférence pour des actifs placés à l’étranger afin de diversifier les risques et de protéger l’épargne. Elle souligne cependant qu’une partie de ces capitaux pourrait contribuer au financement intérieur si des projets suffisamment structurés, rentables et compatibles avec les exigences prudentielles étaient disponibles. 

Le paradoxe gabonais tient donc à la coexistence d’une épargne excédentaire et de besoins d’investissement encore importants. La BAD estime le déficit annuel de financement du pays à 4,7 % du PIB à l’horizon 2030, tout en considérant que la solution passe largement par une meilleure transformation de l’épargne existante en investissement productif local. Le défi consiste ainsi à faire passer davantage de capitaux des comptes, dépôts et placements financiers vers les entreprises, les infrastructures et les projets capables d’accroître durablement la capacité productive du pays. 

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