Le port en eau profonde de Mayumba revient une nouvelle fois dans les projets d’infrastructures du Gabon. Le pays recherche actuellement des experts pour actualiser ses études techniques et financières, avec une clôture des candidatures fixée au 3 novembre 2026. Pourtant, le projet est loin d’être nouveau : l’idée d’un port à Mayumba apparaît dès 1958, une première étude préliminaire de faisabilité est réalisée en 1976, puis actualisée en 1984. En 2003, une nouvelle préétude financée par la Banque africaine de développement est encore réalisée. La consultation actuelle intervient donc cinquante ans après la première étude de faisabilité.
À l’époque, Mayumba était pensé à une échelle relativement modeste. Le projet étudié prévoyait initialement trois quais, avec la possibilité de passer à cinq, et une capacité de 832 000 tonnes par an, complétée par une réserve de 1,2 million de tonnes. Les projections estimaient qu’au moins 200 000 tonnes de trafic annuel étaient nécessaires pour justifier la construction d’un quai. Dans le scénario de base, le trafic devait passer de 371 000 tonnes après cinq ans à 624 000 tonnes après dix ans, puis 827 000 tonnes à vingt ans. Le scénario le plus favorable envisageait en revanche jusqu’à 3,5 millions de tonnes par an à vingt ans.
Les anciennes études avaient également tenté de démontrer comment le port pourrait gagner de l’argent. Elles envisageaient notamment une taxe de 2 euros par tonne sur les marchandises générales, une taxe de 0,5 euro par tonne sur les produits miniers ainsi que des revenus tirés des concessions foncières autour du port. Dans le scénario le plus favorable à vingt ans, les seules taxes sur les marchandises générales et les produits miniers pouvaient représenter environ 3,28 millions d’euros par an, auxquels devaient s’ajouter les concessions et différents droits portuaires. Ces projections sont aujourd’hui anciennes, mais elles montrent que la viabilité de Mayumba a toujours dépendu d’une question simple : disposer d’un volume de marchandises suffisamment important pour rentabiliser l’infrastructure.
C’est là que le contexte de 2026 diffère de celui des premières études. Mayumba n’est plus seulement envisagé comme un port destiné à désenclaver le sud du Gabon et à exporter du bois. Les anciennes études citaient déjà le fer, la potasse, le marbre, le cuivre, le talc ou encore la barytine parmi les ressources susceptibles de passer par le site. Aujourd’hui, le retour du projet coïncide avec une stratégie beaucoup plus large de développement des minerais et des corridors logistiques. À quelques centaines de kilomètres plus au nord, Kobe-Kobe est lui-même dimensionné autour d’une production annoncée pouvant atteindre 100 millions de tonnes de fer par an, donnant une idée du changement d’échelle des ambitions minières gabonaises.
Cinquante ans après l’étude de 1976, Mayumba doit donc apporter une réponse que les précédentes tentatives n’ont jamais transformée en infrastructure opérationnelle : combien coûtera réellement le port, quels volumes y transiteront et qui financera sa construction ? Les anciennes estimations de 96 à 150 milliards fcfa ne peuvent plus répondre à cette question et doivent être actualisées. La nouvelle consultation internationale marque ainsi moins le lancement de la construction que le retour du projet à une étape décisive de définition économique et technique. Après plusieurs études en un demi-siècle, le véritable changement sera atteint lorsque Mayumba disposera d’un coût actualisé, d’un trafic suffisamment sécurisé et d’un financement permettant enfin de passer des études aux travaux.













