Entre 2013 et 2022, le Gabon a cumulé 15,2 milliards de dollars d’écarts de valorisation commerciale avec ses partenaires internationaux, selon les données de Global Financial Integrity reprises par la Banque africaine de développement. À un taux de conversion arrondi de 600 fcfa pour un dollar, l’ordre de grandeur dépasse 9 000 milliards fcfa. Réparti mécaniquement sur dix ans, cela correspondrait à environ 1,52 milliard de dollars d’écarts par an, même si le rapport ne dit pas que ces écarts ont été réguliers d’une année à l’autre.
Le chiffre doit être interprété avec précaution. Ces 15,2 milliards de dollars ne correspondent pas à 15,2 milliards de dollars volés, sortis illégalement du Gabon ou perdus directement par le Trésor. Il s’agit de différences entre les valeurs commerciales enregistrées par un pays et celles déclarées par ses partenaires pour les mêmes flux. Certaines peuvent résulter de questions statistiques, de délais d’enregistrement ou de différences de valorisation, tandis que d’autres peuvent signaler des anomalies nécessitant des contrôles approfondis.
La BAD inscrit néanmoins ces écarts dans une problématique de facturation frauduleuse, de manipulation des prix de transfert et de transfert de bénéfices offshore. Ces mécanismes deviennent particulièrement sensibles dans une économie exportatrice de matières premières : sous-évaluer une exportation ou gonfler certains coûts peut déplacer une partie des profits hors du pays et réduire la base sur laquelle l’administration fiscale calcule certains impôts et prélèvements.
Le Gabon n’est pas le seul pays concerné. Sur la même période, les écarts de valorisation commerciale atteignent 21,3 milliards de dollars en République démocratique du Congo, 20,8 milliards au Cameroun, 15,2 milliards au Gabon et 8,6 milliards au Congo. Ces quatre économies cumulent donc 65,9 milliards de dollars d’écarts. L’ampleur régionale du phénomène explique pourquoi la BAD privilégie également une réponse à l’échelle de la CEMAC plutôt qu’un traitement exclusivement national.
Parmi les solutions proposées figure l’interconnexion des administrations douanières, fiscales et des systèmes de paiement, avec des mécanismes capables de détecter rapidement des différences inhabituelles de prix. Pour le Gabon, où une part importante du commerce extérieur repose sur le pétrole, le manganèse, le bois et d’autres matières premières, l’enjeu consiste à mieux déterminer la valeur réelle des flux imposables. Le chiffre de 15,2 milliards de dollars ne mesure donc pas directement une perte fiscale, mais il donne une indication de l’ampleur des échanges que des systèmes de contrôle plus performants devraient permettre de mieux vérifier.













