Gabon : le FGIS verse des dividendes sans faire de bénéfices

Le Fonds gabonais d’investissements stratégiques (FGIS) gère le Fonds souverain de la République gabonaise. Censé accumuler l’épargne tirée des ressources naturelles pour les générations futures, il est alimenté en partie par les provisions pétrolières des entreprises extractives et les dividendes des entreprises d’État. C’est, du moins, la version officielle. Une enquête parlementaire achevée en mai 2024 a mis en lumière une réalité sensiblement différente et le rapport de validation de l’ITIE en garde la trace, discrètement glissée entre deux recommandations techniques.

Le rapport note que cette enquête a « mis en évidence des préoccupations importantes concernant des irrégularités apparentes dans la gestion financière du FGIS, notamment le paiement constant de dividendes malgré l’absence de bénéfices de l’entité ». La formulation est celle de l’ITIE, institution réputée pour son langage mesuré. Traduit : le fonds souverain du Gabon distribuait de l’argent qu’il n’avait pas gagné. D’où venaient ces fonds ? À qui profitaient ces dividendes ? Le rapport ne le dit pas. Mais il note que les rapports financiers détaillés du FGIS ne sont pas accessibles au public.

Le site internet du FGIS existe. Il publie un rapport annuel 2022 contenant, selon l’ITIE, « des résumés succincts des performances financières de l’organisation, mais aucun rapport financier détaillé ». Les déclarations financières auditées ne sont pas publiées. La composition exacte du portefeuille d’investissements du fonds n’est pas connue. Le rapport ITIE 2022 indique sobrement qu’aucun transfert de recettes extractives n’a été effectué vers le FGIS en 2022, sans qu’aucune explication ne soit fournie sur les raisons de cette absence de flux alors que la production pétrolière gabonaise était en activité.

L’enquête parlementaire de mai 2024 s’inscrit dans un contexte politique particulier : elle a été conduite sous le régime de transition, quelques mois après le coup d’État d’août 2023 salué par les populations gabonaises, qui a renversé Ali Bongo Ondimba. Le FGIS avait été créé sous l’ère Bongo et son opacité était bien documentée par les observateurs internationaux. Mais le rapport parlementaire, qui aurait pu constituer un outil de rupture symbolique fort, n’a pas été suivi d’effets publics connus à ce jour. Ni réforme du cadre juridique du FGIS, ni publication de ses comptes, ni mise en cause nominative de ses dirigeants.

L’ITIE formule une recommandation explicite : que le Gabon utilise ses divulgations annuelles pour « améliorer la transparence autour du Fonds souverain, y compris les entrées, les sorties, les soldes et les investissements ». Ce n’est pas une demande extravagante. C’est le minimum attendu d’un fonds souverain dans un État respectueux de ses engagements de bonne gouvernance. Que cette recommandation doit figurer dans un rapport international pour qu’elle soit formulée publiquement en dit long sur l’état réel de la transparence financière au Gabon y compris sous le régime qui a fait de la lutte contre la gabegie son principal argument de légitimité. Le président de la République Brice Clotaire Oligui Nguéma a du pain sur la planche pour le reste de son mandat.

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