Gabon / HCI : comment l’ANPI est devenu l’instrument de la préférence nationale et de l’inclusion des PME

Longtemps perçue comme une vitrine institutionnelle destinée à séduire les investisseurs étrangers, l’Agence nationale de promotion des investissements (ANPI-Gabon) sort des travaux du HCI (Haut Conseil de l’Investissement) du 4 au 16 juin 2026 avec un mandat sensiblement élargi : celui de servir de levier à la préférence nationale et à l’inclusion des entreprises locales dans l’économie formelle. Ce glissement de rôle est structurant. Il place l’agence au croisement de deux priorités affichées par le président de la République, l’entrepreneuriat gabonais et la formalisation du tissu économique et lui confie une fonction d’arbitrage entre promotion des IDE et protection du tissu productif national.

Le premier vecteur de ce repositionnement est le registre public auditable des PME. Le rapport prévoit la « mise en place d’une cellule de veille post-agrément avec un registre public auditable » baptisé Indice National de Performance PME. L’ANPI-Gabon serait l’opérateur de ce registre, qui conditionnerait l’accès aux marchés réservés et aux quotas de sous-traitance. C’est une fonction de certification économique qui dépasse largement la mission promotionnelle classique d’une agence d’investissement.

Le deuxième vecteur est la commande publique. Le rapport acte que l’accès des PME nationales aux marchés publics passe désormais par un e-agrément délivré par l’ANPI dans un délai maximum de 15 jours. L’agence devient ainsi un maillon de la chaîne de la dépense publique, non plus seulement de l’attraction de capitaux. L’administration reconnaît d’ailleurs que « l’accès à la commande publique reste conditionné par le renforcement des capacités techniques et de conformité des PME gabonaises », ce qui fait de l’ANPI un acteur d’accompagnement autant que de certification.

Le troisième vecteur est la lutte contre l’informel. Le rapport pose l’ANPI comme pivot de la formalisation des petites activités via le statut de l’entreprenant, « garantissant une immatriculation gratuite au RCCM et comprenant un dispositif fiscal allégé/sur-mesure ». L’agence est donc mobilisée pour capter un segment de l’économie qui lui échappait structurellement. C’est une extension de périmètre considérable, dans un contexte où le secteur informel est identifié comme l’une des principales sources de concurrence déloyale pour les opérateurs formels.

Ce nouveau profil institutionnel appelle une interrogation de fond : l’ANPI peut-elle simultanément séduire les investisseurs étrangers et encadrer les micro-entrepreneurs gabonais sans diluer son efficacité sur l’un ou l’autre front ? Pour les analystes de risque, notamment Fitch et Moody’s, la réponse dépendra de la dotation budgétaire et humaine que le gouvernement allouera effectivement à l’agence. Un mandat élargi sans moyens correspondants est une source de défaillance institutionnelle, précisément le type de signal négatif que les marchés financiers savent lire entre les lignes d’un rapport de réforme.

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