Devant le Parlement réuni en Congrès le 15 juin 2026, le président Oligui Nguema a annoncé la séparation définitive des activités de la SEEG en deux entités distinctes. L’annonce a été reçue comme une rupture avec des décennies d’immobilisme. Elle mérite pourtant d’être lue autrement : comme l’aveu que trois ans d’investissements massifs, un Contrat d’Objectifs et de Performance et trois directeurs généraux successifs n’ont pas suffi à redresser une entreprise que l’on désigne désormais comme victime de sa propre architecture.
La cohabitation des métiers eau et électricité au sein d’une même entité était, jusqu’à cette annonce, défendue comme un modèle de mutualisation. Elle est aujourd’hui présentée comme l’une des causes du problème. Le calendrier de mise en œuvre, le sort des personnels, le partage des actifs et la gouvernance des futures entités restent à préciser. L’exécutif devra également arbitrer la question du recours éventuel à un opérateur privé pour l’une ou l’autre des branches.
En gros : la décision est prise, mais rien n’est défini sur le fond. C’est précisément dans ce vide que se logent les risques les plus sérieux contractuels avec les partenaires actuels comme Suez dont le contrat de cinq ans court jusqu’en 2030, sociaux avec un personnel dont le statut est suspendu, et financiers avec des actifs dont la valorisation et l’affectation restent à déterminer. Annoncer une scission sans en publier la feuille de route, c’est substituer une incertitude nouvelle à un dysfonctionnement ancien.
Depuis le retour de la SEEG dans le giron public en 2019 après le départ du groupe français Veolia, l’entreprise enchaîne les plans de redressement sans parvenir à enrayer la dégradation du service. La scission crée deux nouvelles entités. Mais si la culture de gestion, les mécanismes de redevabilité et les circuits de passation des marchés restent identiques, le découpage institutionnel ne produira que deux structures défaillantes là où il n’y en avait qu’une. Ce n’est pas un problème d’organigramme, c’est un problème d’exécution et de contrôle que la scission, seule, ne résoudra pas.
Le véritable horizon stratégique fixé par le ministère se situe en 2030, avec un taux d’accès à l’électricité de 95 % et un taux d’accès à l’eau potable de 90 % de la population, adossés à un programme d’investissement estimé à 2 000 milliards de fcfa sur sept ans. Ces objectifs supposent que les deux nouvelles entités issues de la scission soient opérationnelles, gouvernées et financièrement viables bien avant cette échéance. Pour l’heure, ni leur statut juridique, ni leur modèle économique, ni leur gouvernance ne sont connus. Couper la SEEG en deux est une décision.














