Dette intérieure : le chiffre de 4 340 milliards est-il surestimé par le gouvernement ?

Le président de la Fédération des Entreprises du Gabon l’a dit sans détour, en marge du Gabon Economic Forum : toutes les créances présentées par les entreprises ne méritent pas d’être retenues. Certains documents soumis sont contestables. La Task Force et le ministère de l’Économie trient. Et ce tri, selon Alain-Claude Kouakoua, pourrait changer substantiellement la lecture du dossier. Ce que cela signifie concrètement : le chiffre de 4 340 milliards de fcfa, présenté depuis des mois comme le montant de la dette intérieure de l’État gabonais, est potentiellement surestimé. Personne ne sait encore de combien.

Ce n’est pas un détail comptable. C’est une question de souveraineté budgétaire et de crédibilité institutionnelle. Si une part significative de ce passif repose sur des créances fabriquées, gonflées ou simplement non justifiées, le Gabon a supporté pendant des années une pression politique et médiatique fondée sur des chiffres non audités. Pire : les négociations conduites avec le FMI, qui intègrent la trajectoire de la dette intérieure dans l’évaluation de la consolidation budgétaire et de l’espace fiscal disponible, se sont déroulées sur cette base. La solidité du programme économique gabonais repose en partie sur un chiffre dont la fiabilité vient d’être publiquement mise en doute par le premier représentant du secteur privé organisé.

La FEG elle-même reconnaît qu’environ 50% de la dette aurait déjà été remboursée depuis l’arrivée du CTRI. Des entreprises créancières qui ont été payées, selon les termes d’Alain-Claude Kouakoua, « ne le disent pas, ne le communiquent pas ». Ce silence mérite une explication. S’agit-il d’une stratégie délibérée pour maintenir une pression maximale sur l’État ? D’une retenue liée à des contentieux parallèles en cours ? Ou simplement d’un déficit de transparence symétrique à celui que le secteur privé reproche aux pouvoirs publics ? La question reste ouverte, mais elle révèle que l’opacité dans ce dossier n’est pas unilatérale.

L’échéancier de cinq ans que la FEG entend soumettre au gouvernement le 15 juillet prochain s’appliquera donc à un solde encore indéterminé. Le principe retenu est clair : seule la dette certaine, validée par audit conjoint entre la Task Force et le ministère de l’Économie, sera intégrée dans le programme de remboursement. Ce filtre est sain. Il est même indispensable. Mais il soulève une question de gouvernance que personne ne pose : pourquoi cet audit n’a-t-il pas été conduit dès 2023, au moment où le CTRI prenait la mesure de l’héritage budgétaire laissé par le régime précédent ? Trois ans ont été perdus à négocier sur des chiffres non certifiés.

Ce que l’on sait aujourd’hui : le montant réel de la dette intérieure gabonaise sera inférieur aux 4 340 milliards affichés. Ce que l’on ignore encore : l’ampleur de l’écart, les secteurs où les surévaluations sont les plus importantes, et la part de responsabilité des administrations publiques qui ont validé des marchés ou des livraisons sans contrôle suffisant. C’est cet écart, et les responsabilités qu’il engage, qui devraient concentrer l’attention des observateurs. Pas les annonces de calendrier.

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